Écrire une chanson, c’est se tirer les cartes à soi-même. Les paroles ont beau venir de nous, il s’y cache quelque chose d’en avance sur soi qu’on ne découvre que plus tard. Ce n’est que lorsque les gens m’ont parlé des disques que j’ai réalisé combien le thème du départ était présent, depuis le début du groupe. Dans le deuxième album, la chanson « Le Départ » adapte en partie le poème d’Éluard « L’Aventure » : « Prends garde c’est l’instant où se rompent les digues / C’est l’instant échappé aux processions du temps. » Il est tiré d’un recueil intitulé Les Mains libres dans lequel chaque texte est accompagné d’un dessin de Man Ray. En regard de ce poème, l’artiste a représenté une caryatide qui ne soutient plus aucun linteau. C’est une belle image de l’aventure : cet instant où l’on prend forcément un risque pour faire un pas en avant. Dans « À l’aube », on retrouve encore une figure de l’arrachement, de l’inexorable mouvement de la vie qui nous éloigne des êtres chers qu’on a parfois encore envie d’aimer. Pourquoi ce thème parcourt tant mes textes ? Je crois que c’est une allégorie du travail créatif. À chaque fois que nous faisons une chanson, nous voulons éviter de nous répéter, nous quittons donc un endroit qu’on connaît bien, qu’on a fait fleurir et qu’on sait être aimé, pour aller vers un ailleurs, une sorte de terre promise. On ne sait jamais ce qui nous attend. Il faut donc avoir un tempérament aventureux, mais également croire que là où l’on va pourra être tout aussi riche.

Comme les navigateurs, d’une certaine façon, nous nous retrouvons face à la matière, et celle-ci rend humble parce qu’on ne peut pas la forcer. Le bloc de pierre auquel on veut donner une forme nous oblige à su

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