Désobéissance civile : jusqu’où ?

« Le respect de la loi vient après celui du droit. » D’après Henry David Thoreau, penseur américain à qui l’on attribue le concept de désobéissance civile, l’injustice d’un système légitime sa transgression. En 1846, ce dernier refuse de s’acquitter de ses impôts pour protester contre l’esclavage et la guerre au Mexique menée par les États-Unis. Après un séjour derrière les barreaux, il défend sa position dans un texte fondateur publié à titre posthume, La Désobéissance civile. Thoreau pose les jalons d’un mode d’action : la rébellion.

Un siècle plus tard, le philosophe John Rawls (1921-2002) précise la notion : « La désobéissance civile peut être définie comme un acte public, non violent, décidé en conscience, mais politique, contraire à la loi et accompli le plus souvent pour amener à un changement dans la loi ou bien dans la politique du gouvernement. »

D’abord popularisée par des personnalités politiques comme Gandhi ou Martin Luther-King, la désobéissance civile devient ensuite un levier d’action utilisé par les militants écologistes. Dès les années 1980, les volontaires de l’association de défense de l’environnement Greenpeace ont recours à des mobilisations non violentes pour empêcher les convois de déchets radioactifs, lutter pour la fin du nucléaire ou encore entraver la chasse à la baleine. Depuis, désobéir est devenu leur signature. Dans les années 2000, en Europe, les « faucheurs volontaires » s’inscrivent dans la même dynamique en détruisant des cultures génétiquement modifiées afin d’obtenir une meilleure réglementation sur les OGM.

L’apparition de zones à défendre (ZAD) incarne désormais en France une nouvelle forme de rébellion. Afin d’empêcher la réalisation de projets tels que le barrage de Sivens (ZAD du Testet) ou l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les zadistes militent en occupant physiquement un territoire précis pour entraver les chantiers jugés à risque pour l’environnement. Depuis 2018, l’association britannique Extinction Rebellion prône également la désobéissance civile pour faire entendre ses revendications. À travers des actions coups-de-poing (immobilisation du trafic routier à Londres, déversement de faux sang dans les rues de Paris), les militants se dressent contre l’urgence climatique. Avec pour slogan « Rebel for life » (rebelle à vie).

Mais la désobéissance prend parfois un tour plus radical : l’action directe. Né dans le monde anglo-saxon, l’écoterrorisme estime que l’urgence justifie la violence. Le Front de libération des animaux et le Front de libération de la Terre revendiquent ainsi comme mode opératoire le sabotage ou l’attentat. D’autres poussent jusqu’au meurtre. Le plus célèbre, en ce domaine, est Theodore Kaczynski, alias Unabomber, militant écologiste technophobe : ses colis piégés aux États-Unis firent, entre 1978 et 1996, vingt-trois blessés et trois morts. Aussi impressionnantes que marginales, ces méthodes nourrissent la dénonciation d’un « fascisme vert ». 

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