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Un extrême climatique ne se solde pas toujours par une catastrophe climatique

Harvey, Irma, José, Maria. En un petit mois, de la fin août à la mi-septembre, quatre ouragans majeurs ont tout dévasté sur leur passage, semant la désolation au Texas puis dans les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, avant de toucher la Dominique, la Guadeloupe et Porto Rico. Des vents violents soufflant jusqu’à 215 km, des habitations détruites laissant des milliers de personnes sans abri, un bilan encore provisoire d’une centaine de victimes au moins… La saison cyclonique aura été particulièrement sévère. Ces phénomènes climatiques ont aussi soulevé de nombreuses questions sur leur nature réelle, les raisons de leur intensité, les risques aussi de les voir se multiplier et s’aggraver.

Il convient cependant de relativiser ces épisodes spectaculaires. La succession d’ouragans dans l’Atlantique équatorial n’a rien d’exceptionnelle en soi. Mais comme ils restent d’ordinaire sur l’océan et ne font pas de victimes, nul n’en entend parler. Cette année, en revanche, sans que l’on puisse avancer de raisons fiables, les ouragans sont allés plus loin vers l’ouest. Coup de malchance ou autre cause ? Impossible de répondre. Une certitude cependant : il s’agit chaque fois des mêmes phénomènes. Tous ces ouragans sont nés au large du Cap-Vert dans des conditions comparables, à savoir : le cumul d’un océan chaud, d’une atmosphère humide et froide en altitude (que favorise le début de l’automne) et d’instabilités verticales. Car si les mouvements atmosphériques sont le plus souvent horizontaux, certaines conditions, comme les orages, provoquent des mouvements verticaux. Associés à la rotation de la Terre, ces mouvements créent des cyclones qui s’amplifient lorsqu’ils entrent en contact avec les eaux chaudes de l’Atlantique tropical. Dans ce contexte, le réchauffement climatique peut constituer un facteur aggravant, comme ce fut le cas pour Harvey qui a fait plus de quatre-vingts morts. Par l’effet du réchauffement, l’atmosphère peut retenir plus d’eau, ce qui accentue les précipitations les plus intenses. Une fois déclenché, le cyclone se nourrit et se renforce de la présence d’un océan à température élevée. C’est quand il n’y a plus d’eau chaude qu’il s’éteint, soit en atteignant le continent, soit en remontant vers le nord.

Peut-on dire que ces accidents climatiques sont d’une intensité moyenne plus grande que par le passé, et que leur fréquence est plus rapprochée ? Certainement pas. On n’observe rien d’atypique de ce point de vue en 2017. Toutefois, l’intensité des cyclones les plus violents semble, elle, avoir augmenté au cours des dernières décennies, sans qu’on puisse en établir la cause. Et on note surtout une importante aggravation des précipitations, même lorsque le vent ne souffle pas plus fort. Les risques de submersion sont également plus élevés en raison de la montée du niveau des océans.

Que se passe-t-il avec le climat ? La notion d’« extrême climatique » est utile pour comprendre ces événements naturels dévastateurs et souvent brefs qui nous affectent. Pour les statisticiens, l’extrême est une valeur qui s’écarte considérablement de la moyenne – tels les pics de température qui dépassent les 35 °C quand on suit les variations quotidiennes de température à Paris en été.

Pour les physiciens, sa définition relève de la phénoménologie : « vague de froid », « vague de chaleur », « tempête », « sécheresse », « événement cévenol » (orages violents, pluies diluviennes, inondations) sont des extrêmes aux variables et mécanismes physiques fort distincts – si on parle de tempêtes, par exemple, le physicien distingue les tempêtes extratropicales (comme Xynthia en 2010) des cyclones (comme Irma ou Maria en 2017), deux types de phénomènes caractérisés par des pluies et des vents intenses, mais dont l’origine et la portée géographique diffèrent complètement.

Pour les chercheurs en sciences humaines et sociales, l’extrême relève des événements qui causent des dégâts spectaculaires. Les événements climatiques se mesurent alors en dollars ou en nombre de morts – ce qui a nécessairement pour corollaire qu’un événement n’est extrême que s’il nous touche : des vents qui traversent le nord de la Scandinavie à une vitesse de 150 km/h intéresseront bien moins de monde que s’ils passaient en région parisienne. Cette définition repose donc sur la notion de risque, qui est la combinaison entre l’aléa (le cyclone), l’exposition (une île peuplée) et la vulnérabilité (des protections inadaptées).

Précisons qu’un extrême climatique ne se solde pas toujours par une catastrophe climatique : cette dernière n’est désignée comme telle qu’à partir du moment où l’événement surprend par sa nouveauté et son unicité. La canicule de 2003, catastrophe climatique, est un extrême (vague de chaleur) dont nous n’avons pas su gérer les conséquences. Le même phénomène a été de nouveau observé en 2010, mais, s’il a été une catastrophe en Russie, pays qui ne pensait pas faire face à un tel extrême un jour, il a été géré de manière différente en France, où l’on s’était préparé pour éviter le pire. Preuve que l’appréciation des gouvernements est cruciale… 

 

 

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