Au commencement

La force du foot

Par Hubert Poirot-Bourdain
Par Hubert Poirot-Bourdain

Le sport est un moyen extraordinaire d’intégration. On vous demande d’être ce que vous êtes. Un jour que je jouais au foot dans Central Park avec mes enfants, je leur ai dit : vous allez voir la force du football. Au bout de cinq minutes, les gens vous demandent de jouer. On fait une passe. On finit par faire un match avec des gens qu’on ne connaît pas, d’âges différents, de couleurs de peau différentes, de religions différentes, filles et garçons. Des sourires s’échangent, on se tape dans les mains quand on marque. J’ai dit aux enfants : c’est ça le foot. Il n’y a pas tant d’occasions dans la société où vous pouvez trouver ce plaisir immédiat. 

Le vrai cadeau du sport, c’est qu’il vous apprend à vous connaître. C’est aussi le questionnement. Pourquoi je n’y arrive pas ? Comment font ceux qui réussissent ? On observe, on prend exemple, on s’autodiscipline. Venant du monde du foot, je sais qu’on construit quelque chose en commun. Dans un sport collectif, on ne peut pas obtenir un résultat sans l’autre. Et avec l’autre, on est plus fort. Dans ce cas, il faut avoir un super éducateur qu’on regarde avec de grands yeux. Le sport, c’est aussi être dans les vestiaires avec les autres. On s’intègre à un groupe, des amitiés naissent. J’ajoute que le sport amateur n’existe pas sans le bénévolat. Si je suis devenu joueur de foot, c’est aussi parce que les parents d’un ami m’emmenaient jouer. 

Le racisme peut exister dans le sport comme ailleurs. Je ne peux pas dire qu’il n’y a pas d’entraîneurs racistes. Mais dans l’affaire Benzema, il ne s’agit pas de racisme. C’est dangereux d’en parler en ces termes. On risque de décrédibiliser les vraies situations de racisme. On trahit la réalité. Si Benzema n’a pas été sélectionné, c’est qu’il a une responsabilité. Ses capacités de joueur ne sont pas en cause. Le prendre quand même, malgré son comportement, ce serait envoyer un message dangereux à la société, au-delà du sport. Cela voudrait dire que si vous êtes fort, si vous êtes riche, vous avez tous les droits. 

Conversation avec ÉRIC FOTTORINO

 

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