Est-ce troublant, philosophiquement parlant, d’avoir à cacher une partie de son visage dans l’espace public ?

On peut considérer que cacher la face expressive de son visage, c’est non pas se couper de son humanité, mais restreindre les possibilités de communication avec autrui, notamment en ce qui concerne la communication infraverbale. Or, on sait à quel point cette dernière est importante, surtout avec les personnes atteintes de déficits cognitifs. Mais on aurait tort de dire que le masque entraîne une déshumanisation, une perte du rapport au visage, au sens lévinassien du terme, puisque Levinas ne réduit pas le visage à la face physique. Le masque n’empêche pas de rencontrer autrui, mais il oblige chacun à faire preuve d’imagination pour que les rapports humains soient individualisés. Porter un masque est contraignant, mais c’est nécessaire pour limiter les risques de contamination. C’est pourquoi je suis favorable au port du masque, même à l’extérieur, dans les rues, et au sein des entreprises.

 

Vous avez beaucoup travaillé sur le concept de vulnérabilité. Les masques sont-ils un symbole fort de notre vulnérabilité ?

Ils matérialisent une situation collective mondiale de vulnérabilité. C’est parce que nous sommes exposés au virus, aux infections, c’est parce que nous pouvons contaminer autrui sans le vouloir et être contaminés que nous devons porter un masque. Cette une situation nous oblige à nous sentir responsables de ce dont nous ne sommes pas coupables. S’il n’y avait pas eu ces marchés d’animaux vivants où l’on vend des pangolins pour les manger, il n’y aurait pas eu de pandémie. Mais que cela ait lieu en Chine nous regarde, car, par nos modes de production et de consommation, nous nous exposons à d’autres pandémies. Sans parler de tous les risques sanitaires et écologiques liés

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