ON s’est beaucoup embrassé ces dernières années : entre membres d’une même famille, entre amis, entre collègues de travail, entre chefs d’État… Chaque fois qu’il la retrouvait, Emmanuel Macron claquait la bise à Angela Merkel. Du jour au lendemain, même la poignée de main leur a été interdite.

 

En tout cas, grâce au Covid, nous voilà délivrés de ces embrassades rituelles, mécaniques, quasiment obligatoires, qui avaient gagné peu à peu toutes les générations et presque tous les groupes sociaux. D’une région à l’autre, une règle non écrite s’était installée : bise unique dans le Finistère, double bise à Paris ou en Provence, triple bise dans le Massif central, et même quadruple bise, ici ou là, chez les plus exigeants, comme paraît-il dans l’Yonne, la Nièvre ou la Marne… Et pas question de se tromper de joue : il fallait savoir, indépendamment de toute opinion politique, s’il fallait tendre la droite ou la gauche en premier.

 

En ces temps de semi-déconfinement, ne restent plus que les embrassades virtuelles, celles qui concluent les messages électroniques. Bises (qui peut s’écrire bizz) est plus familier qu’amitiés, plus chaleureux qu’à plus, moins officiel que cordialement. Le singulier dépasse le pluriel : bise témoigne d’une plus grande intimité que bises, mais est plus distant que bisou.

 

Mais par quel geste accompagner un bonjour ou un au revoir « en présentiel » (selon le nouveau charabia qui s’est répandu plus vite que le virus) ? On n’a rien trouvé de mieux que le vilain coude contre coude qui est le contraire d’une accolade, alors que le port du masque permet de découvrir le plus sincère des sourires, celui qui se fait avec les yeux. 

 

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