Quand on se penche sur la mémoire de la guerre d’Algérie au sein des familles immigrées en France, on se heurte souvent au silence et à un gros point d’interrogation. L’impossibilité de la transmission n’est pas propre à la guerre d’Algérie, elle caractérise toutes les séquences traumatiques de notre histoire récente. L’entretenir et la ranimer s’inscrit dans la lignée du devoir de mémoire institué par la reconnaissance de la Shoah comme crime contre l’humanité visant à exterminer les Juifs d’Europe. Mais ce passé parfois héroïque, souvent tragique, voire honteux, reste pour beaucoup indicible. Dès après-guerre, le récit à l’échelle d’une famille ne se fait tout simplement pas. Comment justifier auprès de la jeune génération que l’on soit en France, alors que tout concourt à glorifier le juste combat pour l’indépendance de l’Algérie, libérée du joug colonial ? Comment se fondre dans la masse et répondre aux injonctions d’intégration si l’on ravive la mémoire familiale complexe de cette guerre ?

La génération des travailleurs immigrés des années fastes de la période des Trente Glorieuses nourrissait le mythe du retour au pays en pleine reconstruction. De fait, les familles déléguaient, par la force des choses, les enjeux d’histoire et de mémoire de la guerre à la très puissante Amicale des Algériens en Europe, qui, jusqu’à la fin des années 1980, encadrait de manière volontariste et rigoureuse la diaspora en France. Sous les auspices du colonel Houari Boumédiène, les premières générations d’enfants qui grandirent en France après 1962 ont été biberonnées d’une mythologie nationale centr

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