Pourquoi un jeune chercheur comme vous s’est-il penché sur ces mémoires de la guerre d’Algérie ?

Les premiers questionnements trouvent leur origine dans les attentats de 2015. À l’époque, j’étais directeur du Mouvement antiraciste européen. Pour les militants antiracistes, les attentats furent un tremblement de terre intime, une sorte d’échec. Toutes ces interventions scolaires, toutes ces mobilisations pour en arriver là ? Nous sentions l’espace démocratique se rétrécir. La prise en étau entre le terrorisme islamiste et la montée du discours sécuritaire et identitaire provoquait un sentiment d’étouffement.

Pourquoi avions-nous échoué ? Les questions qui m’habitaient tournaient autour de la relation de la France avec ses Arabes et ses musulmans. D’où venait cette soi-disant difficulté à vivre ensemble ? Ces représentations de l’autre ? Pourquoi ces peurs se trouvaient-elles réactivées après les attentats ? J’ai voulu savoir si ces tensions identitaires avaient un lien avec cette histoire.

D’autres se sont-ils aussi interrogés ?

Oui. Benjamin Stora publie alors Les Mémoires dangereuses avec Alexis Jenni ; Nicolas Lebourg et Jérôme Fourquet, La nouvelle guerre d’Algérie n’aura pas lieu ; Éric Zemmour a écrit des articles sur le retour de la guerre d’Algérie. Beaucoup de démarches artistiques qui aboutiront à des œuvres sur la guerre d’Algérie débutent après les attentats. Comme s’ils avaient réveillé quelque chose. Il y avait des évidences.

Par exemple ?

Mohammed Merah a commis son deuxième attentat le 19 mars 2012, le jour des cinquante ans de la fin de la guerre d’Algérie. Beaucoup de terroristes étaient d’origine algérienne. En 2017, un groupe d’extrême droite qui a repris le nom d’OAS planifie des attentats contre des personnalités. Je voulais savoir si, dans les mémoires familiales ou dans la mémoire collective, on pouvait identifier des éléments expliquant la radicalisation ; si, dans la société française, existaient des cadres organisationnels qui instrumentalisaient les mémoires. J’ai donc commencé une thèse en science politique sur la mémoire de la guerre d’Algérie chez les jeunes de la troisième génération, qui ont entre 16 et 30 ans. J

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