« Des météorites, des comètes tournent comme des catapultes en frôlant des satellites, des planètes. Elles se désagrègent de temps en temps dans l’atmosphère, en renouvelant par leur chute les semailles de l’Univers. » Comme l’a bien pressenti l’écrivain italien Erri De Luca dans La Nature exposée, les météorites sont souvent associées à la notion d’ensemencent. Ce rapprochement est ancien. Cybèle, la grande déesse mère révérée pendant toute l’Antiquité était figurée par une météorite transportée en grande pompe depuis l’Anatolie jusqu’à Rome en 204 av. J.-C. Assimilée par les Romains à Cérès, Cybèle était avant tout une déesse de la fertilité.

Deux millénaires plus tard, d’éminents scientifiques comme Lord Kelvin (1824-1907) ou Svante Arrhenius (1859-1927) ont émis l’hypothèse que les météorites aient pu apporter sur Terre des organismes vivants qui auraient en quelque sorte fécondé notre planète. Cette idée, qu’on appelle la lithopanspermie, a eu une longue descendance. En 1961, deux chercheurs américains, George Claus et Barthlomew Nagy, ont prétendu avoir découvert des « éléments organisés » dans la célèbre météorite d’Orgueil, tombée dans le sud-ouest de la France en 1864. Il faudra quelques années pour qu’on démontre qu’il ne s’agissait que de pollens terrestres, peut-être introduits intentionnellement dans la météorite par un petit plaisantin. Trente ans plus tard, en 1996, Bill Clinton a annoncé avec solennité la découverte par une équipe de la Nasa de traces de vie fossiles dans une météorite martienne nommée ALH84001. Ces vers martiens se sont rapidement avérés être des artefacts d’observation.

Les chercheurs sont désormais plus modestes. Au lieu de fossiles, ils se concentrent sur des molécules organiques qualifiées de briques du vivant. Très récemment, une équipe japonaise a découvert du ribose dans deux météorites, un sucre qui rentre dans la composition d’une molécule clé de la vie telle que nous la connaissons : l’acide ribonucléique (ARN). Cette découverte fait suite à celle de bases azotées qui, elles aussi, entrent dans la composition de l’ARN, ou encore des acides aminés, constituants des protéines.

Ces découvertes sont le fruit de grandes prouesses instrumentales. La concentration du ribose dans la météorite de Murchison est par exemple d’une fraction de partie par million. C’est-à-dire que les chercheurs ont été capables de détecter moins d’un microgramme de ribose dans un gramme de météorite. Il leur a également fallu apporter la preuve que ce ribose n’était pas le résultat d’une contamination terrestre. Très peu de laboratoires au monde sont capables de réaliser de telles mesures.

L’enthousiasme suscité par de telles découvertes ne doit cependant pas dissimuler le fait qu’il y a loin de ces molécules à la vie. Nous ne sommes même pas certains qu’elles aient joué un rôle dans la vie primitive, dont nous ne savons pratiquement rien. La question de l’émergence de la vie, puisque c’est de cela qu’il s’agit, se pose en termes de processus thermodynamiques et d’environnement(s) physico-chimique(s). Dans quel contexte passe-t-on de la matière inanimée à la vie ? Quel rôle ont pu jouer les minéraux ? L’eau liquide et l’énergie solaire sont-elles indispensables ?

Les météorites, si elles ne peuvent directement répondre à ces questions, permettent d’avoir accès à d’autres mondes que le nôtre : les astéroïdes, Mars et la Lune. L’étude de ces corps du système solaire souligne la singularité de notre planète, géologiquement active depuis 4,5 milliards d’années et en déséquilibre thermodynamique permanent. Même si on ne peut exclure que la vie ait également pu se développer ailleurs, le déséquilibre thermodynamique, la diversité de ses environnements géochimiques et sa longue histoire géologique font sans aucun doute de la Terre la planète du système solaire la plus favorable à l’émergence de la vie. Où mieux qu’ici ? 

 

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