Quand les hommes ont-ils commencé à regarder les étoiles ?

À travers tous les âges, les hommes ont levé les yeux vers le ciel. Ils se sont toujours interrogés sur leur place dans le cosmos. Il y a environ cent mille ans, l’homme vivait dans un univers magique et voyait dans chaque élément naturel l’incarnation d’un esprit. C’était donc un monde à l’échelle humaine, où il était possible de converser avec la nature. Mais avec les progrès de la connaissance, l’univers a perdu sa simplicité et sa familiarité. Il y a quelque dix mille ans, l’univers magique s’est mué en un univers mythique dans lequel les dieux ont fait leur entrée, et l’homme a commencé à se raconter des histoires pour se situer dans ce vaste cosmos. Chaque culture va concevoir ses propres récits : pour les Égyptiens, le firmament est constitué du corps de la déesse Nout, et les étoiles sont ses bijoux. Chaque jour, le dieu Râ, sous sa forme de disque solaire, traverse le corps de la belle déesse, puis s’enfonce sous terre pendant la nuit et il doit vaincre les forces du mal pour ressurgir le lendemain. En Inde, c’est le dieu Shiva, auréolé de flammes, qui danse et crée l’univers. Dans un autre mythe indien, c’est la respiration de Brahma qui est à l’origine de l’univers, selon un cycle d’inspiration et d’expiration de huit milliards d’années qui fait songer à notre Univers en expansion. Dans le monde chinois, c’est l’interaction entre le yin et le yang qui crée le monde, sans intervention divine.

D’où viennent les constellations* ?

Chaque civilisation a projeté dans le ciel sa propre culture. Les Amérindiens, des chasseurs invétérés, voyaient eux aussi une « Grande Ourse » dans la constellation que nous nommons ainsi. Aux yeux des Français, fidèles à leur tradition gastronomique, celle-ci apparaît plutôt comme une casserole. L’observation d’un même firmament a pu donner naissance à des constellations très différentes dans leurs appellations selon les lieux, mais les images choisies témoignent toutes d’un rapport sacré aux objets célestes. Pour les cultures anciennes, le ciel et ses manifestations rythment la vie des hommes, édictant des cycles fondamentaux. Les Égyptiens nous ont donné le calendrier de douze mois et de 365 jours, signe qu’ils avaient bien observé les phénomènes cycliques de la Lune et du Soleil. Mais les anciens utilisaient aussi les astres pour sacraliser la surface de la Terre. Pensez au site de Stonehenge, en Angleterre : sa construction, entre - 3000 et - 1500, a dû mobiliser une bonne partie de la société, et les archéoastronomes sont aujourd’hui en mesure de nous dire que l’orientation de cet ensemble de pierres est intimement liée aux positions de la Lune et du Soleil à certains moments spéciaux de l’année, autrement dit : Stonehenge est un observatoire astronomique. Par exemple, la ligne définie par le centre des cercles de pierre avec la « pierre du Talon » dans l’allée centrale marque précisément la direction du soleil levant au solstice d’été. D’autres alignements avec le soleil ou la lune se retrouvent dans les monolithes de Carnac, en Bretagne, ou dans les roues-médecines des tribus amérindiennes du Wyoming. Dans les ruines mayas de Chichén Itzá, on a trouvé un véritable observatoire, construit vers le Xe siècle, avec des ouvertures spéciales pour observer la planète Vénus, la plus importante pour eux car la plus brillante pendant la nuit, après la Lune. Cet univers mythique qui permet de relier la Terre au ciel a longtemps perduré en Amérique, mais, en Europe, il a été mis à mal dès le VIe siècle avant Jésus-Christ.

Que se passe-t-il à ce moment-là ?

Une poignée d’hommes extraordinaires vont changer notre regard sur le ciel. En Ionie, dans la Grèce actuelle, ces hommes ont eu l’intuition qu’il ne fallait pas remettre aveuglément leur destin entre les mains des dieux et se considérer comme les jouets de leurs guerres et de leurs amours, mais que la raison humaine pouvait comprendre les lois qui régissent l’Univers. Bien sûr, cela ne signifie pas que les Grecs n’ont pas eu de mythologie cosmogonique. Mais, au fur et à mesure des découvertes, l’espace devient chez eux plus profane. Pythagore, au VIe siècle avant notre ère, affirme que les mathématiques sont le langage par lequel s’exprime la nature. La Terre devait être une sphère, car la forme mathématique la plus parfaite est sphérique ; elle ne pouvait donc pas être plate comme on le croyait. Ératosthène est le premier à en calculer la circonférence, vers l’an 240 av. J.-C., avec un résultat très proche de la réalité (environ 40 000 kilomètres). Avec les Grecs, on assiste aux balbutiements de la méthode scientifique, avec cette idée qu’un modèle mathématique peut décrire le comportement de la nature, comme prévoir la position et le mouvement des objets célestes, idée qui atteindra son apogée lors de la Renaissance, au XVIe siècle. Les Grecs ont ainsi été les premiers à réfléchir à notre position dans l’Univers – et même si la théorie géocentrique défendue par Aristote et Ptolémée, qui place la Terre au centre de l’Univers, s’est révélée fausse, elle a prévalu pendant plus de deux mille ans.

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