La voix du poète

En 31 av. J.-C. à Alexandrie

Constantin Cavafis (1863-1933), En attendant les barbares et autres poèmes, traduit du grec par Dominique Grandmont © Éditions Gallimard, 2003

De sa lointaine bourgade de banlieue,
et encore tout poussiéreux du voyage,

le marchand ambulant vient d’arriver. Et « Encens ! » et « Gomme arabique ! »
« Huile de premier choix ! » « Pommade pour les cheveux ! »

crie-t-il par les rues. Mais avec tout ce vacarme,
et les musiques et les défilés, pas moyen de se faire entendre.

La foule le bouscule, l’entraîne, le renverse.
Et quand enfin tout éberlué, Quelle est celle folie ? demande-t-il,

quelqu’un lui jette à lui aussi l’énorme mensonge
du palais – qu’en Grèce, Antoine a remporté la victoire.

En 31 av. J.-C., Antoine perd la bataille d’Actium contre Octave, futur empereur. Son alliée Cléopâtre lui conseille de simuler une victoire pour gagner du temps. Voici, du moins, la vérité des auteurs romains. Pour dire la courte joie des vaincus, l’Alexandrin Cavafis ressuscite un anonyme et relie les cris du commerce à la fausse nouvelle. 

 

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