Pourquoi la viande fait-elle tant débat aujourd’hui ?

Le principal problème est l’industrialisation de l’élevage, dont on voyait déjà les tendances il y a trente ou quarante ans, et qui a entraîné une évolution de la place de la viande dans nos assiettes. Car le grand paradoxe de l’accès à la profusion, c’est qu’on finit par toujours manger la même chose : on s’oriente invariablement vers le plus attirant. Or, dans tous les pays économiquement développés, c’est la viande animale qui a pris le dessus, tandis que les protéines végétales ont été délaissées. On a certes développé des systèmes où l’on produit beaucoup de protéines végétales – maïs ou soja, notamment –, mais pour nourrir des animaux qui ne sont plus à l’herbe.

Dès les années 1980, le professeur Lecerf de l’Institut Pasteur a pointé les dérives de ce modèle alimentaire, que ce soit en termes de santé publique ou d’exploitation des ressources agricoles des pays du Sud. À cette époque déjà, on démontre que nos chiens et chats sont mieux nourris que les paysans de ces régions du monde. Et rien ne s’est arrangé depuis : le constat d’un changement climatique, les atteintes à la biodiversité ou les crises répétées des filières de la viande ont contribué à démontrer l’impasse d’un modèle qui a fait de la viande un aliment quantitatif, plutôt que qualitatif.

Faut-il alors mettre fin à l’élevage ?

Il n’y a pas d’agriculture sans élevage, comme le montrent les travaux de Jocelyne Porcher. Nos sociétés sédentaires et paysannes se sont développées en travaillant avec l’animal : nous sommes interdépendants. On ne pourrait pas rendre ces animaux à la nature, ils ne sont plus capables de vivre sans nous. En revanche, il faut retrouver le sens de cet aliment qu’on qualifiait autrefois de « noble ». Il y a quelque ch

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