Le mot de...

[Attitudes]

Les défenseurs de l’allaitement maternel ne pouvaient rêver meilleure publicité : en octobre dernier, à Reykjavik, une élue islandaise, Unnur Bra Konradsdottir, est montée à la tribune du Parlement et a pris la parole sans cesser de donner le sein à son bébé. Interrogée sur la signification de son geste, l’intéressée s’est contentée de dire en souriant que « nourrir un nouveau-né est la chose la plus naturelle au monde ». 

Nos députés pourraient être tentés de s’en inspirer. Certes, pour des raisons diverses, tous ne sont pas en état d’allaiter. Mais il existe bien d’autres activités naturelles. Naguère, le regretté Raymond Barre s’assoupissait régulièrement dans l’hémicycle et en repartait frais comme un gardon. 

Les bienfaits du chant ne sont pas inférieurs à ceux de la sieste. En juin 2003, le député Jean Lassalle avait interrompu le ministre de l’Intérieur en entonnant une mélodie basque pour protester contre la fermeture d’une gendarmerie dans sa vallée des Pyrénées-Atlantiques. Ce coup d’éclat l’avait fait connaître de la France entière.

Jean Lassalle a fini, comme beaucoup d’autres, par rêver de la présidence de la République chaque matin en se rasant. Il n’est heureusement pas allé jusqu’à se faire la barbe à la tribune du palais Bourbon : pris à rebrousse-poil et passablement irrités, ses collègues n’auraient pas manqué de le traiter de blaireau. 

De toute façon, les députés ne sont plus jugés sur ce qu’ils disent ou font à l’Assemblée nationale. Ce sont leurs éventuelles pratiques secrètes, à la limite de la légalité, qui retiennent l’attention. On n’a d’yeux désormais que pour ce qui ne se voit pas. 

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