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Penser le monde en images

880 milliards de photos sont prises chaque année dans le monde ; 3 000 sont téléchargées chaque seconde sur les réseaux sociaux. Savoir analyser une image, l’interpréter et en tirer du sens est devenu un enjeu fondamental.

En 2008, le BAL, lieu d’exposition parisien dédié au document visuel, s’est donné pour mission d’apprendre aux jeunes à « penser le monde en images, devenir des regards conscients », comme l’explique son fondateur, le photographe Raymond Depardon.

Depuis huit ans, sa plateforme pédagogique, la Fabrique du regard, forme à et par l’image les élèves de cent cinquante écoles, collèges et lycées de l’éducation prioritaire en les faisant participer à des ateliers animés par des artistes professionnels. « Il y avait une forte demande de la part du corps enseignant, dit Christine Vidal, directrice de la Fabrique du regard. Certains sujets, comme le conflit israélo-palestinien, sont délicats à aborder en classe. La photo est un moyen de lancer la discussion sous un autre angle. »

Afin d’éduquer davantage d’élèves à l’image, le BAL lance dès la rentrée une plateforme en ligne baptisée Ersilia. Cet outil numérique offre des ressources visuelles (photos, vidéos, bandes dessinées, affiches, etc.), des clés d’analyse et des hyperliens qui permettent à l’enseignant, à ses élèves et aux artistes invités de travailler autour d’un thème par an (« Images et territoire » en 2016 ; « Images et corps » en 2017).

« Au-delà de l’analyse de l’image, les jeunes apprennent à naviguer avec intelligence sur Internet et à discerner les sources intéressantes et fiables, précise Christine Vidal. Parmi les inscrits, les enseignants en arts plastiques sont minoritaires. Ce sont plutôt des profs de français, de mathématiques, d’anglais, de géographie, et même… de comptabilité ! »

Par le biais d’une messagerie privée et d’un système de commentaires, les élèves peuvent communiquer et travailler avec des outils qui leur sont déjà familiers en dehors de la sphère scolaire. La plateforme accueille aussi des artistes « en résidence en ligne » avec lesquels les jeunes peuvent échanger directement.

« C’est le terrain qui alimente Ersilia », conclut la directrice. Testée pendant trois ans par les élèves du lycée professionnel Eugène-Hénaff de Bagnolet, cette première version est en cours d’évolution. À terme, ses utilisateurs auront la possibilité d’alimenter la plateforme en contenus, la rendant encore plus collaborative. M.P.

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