La Norvège détient le titre du pays le plus riche du monde par habitant. Ajoutez à cela le meilleur indice de développement humain selon l’ONU et surtout le fonds pétrolier le plus important du monde (plus de 1 000 milliards de dollars)… En bref, la Norvège ne vit pas dans le dénuement : son produit national brut (PNB) a beau ne pas être le plus élevé du monde, la taille modeste de sa population – 5 millions d’habitants – lui assure un score enviable.

L’ostentation est pourtant rare, à l’exception de quelques Ferrari et Tesla dernier cri dans les rues. On peut aussi admirer de très belles habitations, mais rien de spectaculaire. La Norvège présente la particularité de ne pas apprécier l’étalage des richesses et, plus surprenant, ses habitants alimentent les caisses de l’État avec plaisir. Risquons une généralisation : les Norvégiens aiment payer des impôts, y compris sur la fortune. Selon le fisc, un peu plus de 600 000 d’entre eux payent ce dernier, dont ils sont redevables lorsque la valeur de leur patrimoine – hors résidence principale – dépasse 1,2 million de couronnes (soit 120 300 euros). Les taux sont très faibles mais permettent à cet impôt de ne pas être contesté, et la population apprécie tout ce que l’État lui rend en retour : écoles, hôpitaux, routes, retraites… Contrairement à ce qu’il s’est passé dans la plupart des pays européens, l’impôt sur la fortune a été conservé.

On ne peut pas évoquer l’impôt norvégien sans mentionner la possibilité offerte à chaque contribuable d’avoir des informations sur ce que payent les autres. Tous les ans, quand le fisc a calculé les impôts de chacun, une grande partie de leurs registres sont consultables gratuitement et en toute légalité – il fallait auparavant se rendre sur place et feuilleter de lourds volumes, mais tout est informatisé aujourd’hui. Vous pouvez ainsi vérifier si votre voisin a bien mentionné la deuxième Ferrari que vous avez vue dans son garage, ou le signaler si ce n’est pas le cas. Pourquoi conserve-t-on un tel système, qui peut s’apparenter à de l’espionnage ou à de la délation ? Au nom de la sacro-sainte transparence, inhérente à la société norvégienne – ce même principe qui guide la vie politique, où aucun écart n’est toléré.

Presque tous les Norvégiens sont de bons élèves en matière d’impôts. Les comptes bancaires non déclarés en Suisse sont rares. Ce bon comportement s’explique en partie par l’équilibre entre un niveau d’imposition globalement élevé et un niveau de vie et de bien-être également très haut. Une telle cohésion ne peut exister que si tout le monde contribue. Il y va de la confiance – valeur essentielle – dans le système des impôts. Et du modèle de société. 

 

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