Comment un magistrat comme vous en est-il venu à s’intéresser à l’inceste ?

J’étais juge des enfants. À peu près dix-huit mois après mon entrée en fonction, j’ai pris conscience de l’ampleur et de la gravité des violences conjugales et des violences sexuelles perpétrées au sein de la maison. J’ai compris que ces violences sont une grande ligne de démarcation dans l’existence des êtres humains. Quand un individu est victime de ce type de violences, quelque chose change en lui.

Le système judiciaire est-il armé face à l’inceste ?

Nous sommes pour l’instant dans un système qui assure l’impunité des agresseurs, sur la question des violences sexuelles en général et de l’inceste en particulier. Nous savons qu’un très grand nombre de violences sexuelles faites aux enfants ne font jamais l’objet d’une plainte : elles sont passées sous silence. Et quand elles font l’objet d’une plainte, il y a un très grand nombre de classements sans suite – sept agressions sexuelles sur dix – et un très faible nombre de condamnations. C’est pour cela que nous parlons d’impunité. Si cette impunité recule, nous progresserons dans la protection des victimes, et inversement.

Pourquoi est-il si difficile pour les victimes de parler ?

Vous avez aimé ? Partagez-le !