« Il n’est pas surprenant que des réformateurs impatients ou déçus, maugréant face aux obstacles qu’opposent aux améliorations publiques les plus salutaires l’ignorance, l’indifférence, l’entêtement, la perverse obstination d’un peuple et les coalitions corrompues d’intérêts égoïstes privés tirant leur force des armes puissantes que leur fournissent des institutions libres, puissent parfois espérer une poigne assez forte pour peser sur tous ces obstacles et contraindre un peuple récalcitrant à être mieux gouverné. Mais […] ceux qui portent leur regard dans cette direction pour la réalisation de leurs espoirs retirent à l’idée de bon gouvernement son principal élément, à savoir l’amélioration du peuple lui-même. Un des bénéfices de la liberté, c’est que, sous ce régime, celui qui gouverne ne peut faire abstraction de ce que pensent les individus […]. S’il était possible pour un peuple d’être bien gouverné en dépit de lui, son bon gouvernement ne durerait pas davantage que ne subsiste la liberté d’un peuple dont la libération doit tout à des armes étrangères et rien à lui-même. »

Considérations sur le gouvernement représentatif (1861) © Éditions Gallimard, 2009, pour la trad. de Patrick Savidan

 

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