Vous discernez avec Jérémie Peltier une grosse fatigue et une épidémie de flemme dans notre société. Dans quelle proportion les Français seraient-ils flemmards ?

30 à 45 % des personnes sondées indiquent être moins motivées qu’auparavant. Cela joue dans tous les compartiments de leur vie, qu’il s’agisse du travail ou de la vie personnelle. Les items sont de natures très différentes et se recoupent : les Français nous disent avoir la flemme de sortir le soir, être plus fatigués qu’avant quand ils fournissent un effort physique, ressentir une baisse de moral. Un tiers de la population ne représente pas toute la société, mais ce n’est pas négligeable. L’ampleur de ce phénomène a été une surprise.

Est-ce un phénomène récent ?

Nous formulons l’hypothèse qu’il s’agit d’un processus ancien qui s’est accentué au cours des dernières années. Les enquêtes de l’Ifop ont montré que durant la période 2015-2017, marquée par des attentats, plus de 50 % de la population était très inquiète face à la menace terroriste. Il y a eu ensuite la crise des Gilets jaunes, moment de forte crispation sociale, puis la pandémie de Covid et désormais la guerre en Ukraine avec le spectre de l’arme nucléaire. Contrairement à ce qui a pu être proclamé sur le caractère très résilient de la société française à l’occasion de ces événements hors norme, un pan non négligeable a été fragilisé. Ces ­personnes portent aujourd’hui les stigmates physiques et psychologiques de cette ­succession de chocs.

Observe-t-on des disparités générationnelles, de genre et régionales ?

Le phénomène est assez général, mais les 18-35 ans sont les plus concernés. Les femmes ont d’autre part été plus touchées que les hommes. Prenez la flemme de sortir de chez soi : les hommes répondent positivement à 41 %, les femmes à 49 %. À la question : « Avez-vous la solidité mentale pour supporter les aléas de la vie quotidienne ? », 24 % des hommes répondent non, contre 37 % des femmes.

Enfin, les réponses des habitants de la région parisienne sont plus marquées. C’est la disparité régionale la plus forte qui s’explique en raison de confinements plus difficiles, d’une menace terroriste plus palpable, de grèves des transports plus lourdes.

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