Que dit de notre société le fait de montrer ou cacher sa peau pendant les vacances ?

Le nu, ce qu’on dévoile ou ce qu’on cache, renvoie à la question de la pudeur. Historiquement, il faut le rappeler, il y a eu une variation extrême des codes de la pudeur. Le plus surprenant est que, lorsqu’on est dans une époque, on a du mal à imaginer une autre époque où l’on pouvait montrer telle ou telle partie du corps sans impudeur : les codes s’imposent très vite comme une évidence. Ils ne tiennent pas toujours à la surface qui est dévoilée : compte aussi beaucoup la manière de le faire. Au début des années 1990, j’ai mené une enquête sur la pratique des seins nus à la plage, qui avait commencé au milieu des années 1960 et s’était peu à peu généralisée. Les deux cents entretiens que j’ai réalisés avec des femmes ont révélé que ce corps dénudé n’était pas montré pour être vu. Même si les motivations semblaient triviales – bronzer sans les marques du maillot –, ce qui s’exprimait au fond, c’était le désir d’être libre. 

La différence était considérable avec les années 1950 où le corps des femmes était renvoyé à un arrière-plan discret – yeux baissés, genoux serrés. Là, au contraire, par ce corps semi-dénudé, elles affirmaient une aisance et une audace qui se lisaient aussi dans les postures corporelles. Un code social nouveau permettait aux femmes à la plage d’être topless : les seins dévoilés étaient recouverts d’une sorte de vêtement social. C’est comme lorsqu’on va chez le médecin : on se déshabille sans pour autant être nu, parce que notre pudeur est protégée par un code. Nombre d’hommes qui trouvaient ce spectacle fort sympathique ne tardèrent pas à déchanter. Draguer sur la plage une femme qui enlevait son haut de maillot devenait compliqué. L

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