Que révèle, ou réveille en nous, ce virus ?

Ce que la pandémie réveille, c’est notre angoisse de mort. Les individus ont peur de mourir, mais aussi de n’être rien et de ne rien laisser. Le besoin d’exister peut les rendre agressifs. Et comme on sème en eux depuis l’enfance les germes de la compétition, ils ont du mal à coopérer.

Comment qualifier la période que l’on vit ?

Ce virus est une zoonose ; il est la conséquence de nos interactions aberrantes avec les animaux, ce qui nous expose à des virus contre lesquels nous ne sommes pas immunisés. Cela ne devrait pas être une surprise et pourtant nous sommes dépassés : nous naviguons à vue, nous tous ainsi que les gouvernements qui, à mon avis, font ce qu’ils peuvent. Dans l’idéal, cela pourrait être l’occasion de réaliser, au niveau individuel et collectif, un inventaire afin d’examiner ce que nous voulons conserver et devons supprimer. Ce serait une épochè civilisationnelle.

Qu’entendez-vous par là ?

L’épochè désigne la suspension de l’attitude naturelle. Celle qui consiste à adhérer à ses croyances sans savoir que ce ne sont que des croyances. Nous avons tous des lunettes qui nous font voir le monde de manière partielle et partiale. Pratiquer l’épochè, c’est ôter ses lunettes, mettre entre parenthèses ses opinions pour les examiner de façon critique et reconnaître qu’il y a d’autres perspectives possibles. L’épochè est une ascèse qui permet de changer notre regard sur les choses et sur les êtres. Pour cela, il faut commencer par le doute, la prise de distance à l’égard de ses représentations et de ses habitudes. Cette pandémie pourrait nous pousser à pratiquer l’épochè à un niveau civilisationnel, car nous pourrions examiner nos pratiques dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage, des transports, des échanges et voir si ce que nous faisons a du sens ou non.

Cet examen nous amènerait à changer nos manières d’être, de produire, de consommer. Ce ne sera

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