« Quand la fusée décolle, tant que tu es dans le bleu, qu’il soit bleu ciel, bleu foncé, bleu marine ou bleu violet, tu restes en quelque sorte sur Terre. Puis, au-delà de l’atmosphère, tout devient noir, et tu comprends que tu es désormais en dehors de la planète. D’un coup, le ciel fourmille d’étoiles. Tu en vois beaucoup plus que sur Terre, cent fois, mille fois plus. Et, surtout, tu distingues leurs couleurs ; chaque étoile a la sienne propre qui est fonction de sa température. Et quand tu regardes à l’horizon de la planète, tu réalises combien l’atmosphère est mince, et combien fragile est la vie qu’elle abrite. Tu as appris par les livres que la Terre est un globe mais tu ne l’as jamais vue comme telle. Or là tout devient évident, car à 400 kilomètres d’altitude tu en fais le tour très vite – en une heure et demie. Tu es alors confronté à un double sentiment : d’émerveillement devant la beauté de la Terre et de la voûte étoilée ; d’admiration pour le travail des hommes. J’ai gardé un souvenir très fort de mon premier vol. Le Soyouz avait mis deux jours à rejoindre la station Mir et, à un moment, elle s’est trouvée devant et au-dessus de nous alors que nous arrivions au terminateur, la zone qui est à la jonction du jour et de la nuit. Tout ce qui est métallique y prend un reflet doré. J’étais un peu dans le cirage – je n’avais pratiquement pas dormi pendant ces deux jours – et, en voyant soudain cette masse dorée, ce bijou, je me suis demandé si ce n’était pas un rêve. Là, on ne peut qu’éprouver de l’admiration pour les capacités humaines. Réaliser une telle station, la poster là-haut et réussir à s’y arrimer au centimètre près et à 28 000 kilomètres à l’heure… Bravo aux hommes ! La Terre est belle mais l’être humain, lui, est prodigieux ! Et quand la réalisation revêt un caractère international, c’est encore plus beau…
Soudain, dans l’espace, un bijou doré
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Pierre de Ronsard - Hymne des étoiles
« On ne connaît que 5% de la nature de la matière »
Hubert Reeves
Qu’est-ce qui vous passionne dans l’astrophysique à laquelle vous avez voué votre vie ?
Ce qui m’intéresse avant tout, c’est le côté historique. Qui nous sommes et comment nous en sommes arrivés là. Les organismes vivants, les humains comme les bactéries, sont constitués d’atomes de carbone et d’oxygène générés lors de la combustion des étoiles. Les événements de l’Univers et la préhistoire de la vie s’enchaînent tout naturellement. L’astronomie et la biologie se rejoignent. Physicien, je suis aussi, à ma façon, historien.
Un souvenir précis de ce qui vous a conduit à la science ?
Quand j’étais enfant, au Québec, un ami de la famille était un religieux trappiste mais aussi un homme de science, spécialiste de botanique et de génétique. Chaque année, nous rendions visite au père Louis-Marie à Oka : il avait un herbier formidable et connaissait tout sur les microbes et les bactéries qu’il me permettait d’observer au microscope. J’adorais ce rendez-vous annuel dans son laboratoire et je me souviens m’être dit : « Quand je serai grand, je veux faire ça, c’est une bonne vie. » Les laboratoires me semblaient des lieux très accueillants offrant la promesse d’apprendre toujours de nouvelles choses. J’ai hésité entre la biologie et la physique. Dans ma famille, nous étions passionnés par la nature mais j’aimais par-dessus tout les mathématiques et, en physique, il y avait davantage de belles mathématiques. (...)
[Cosmos]
Daniel Kunth
L’idée d’ordre, d’harmonie et de beauté, voilà ce qu’exprime le mot latin cosmos, emprunté au grec ancien kósmos. Il désigne en premier lieu l’Univers – ensemble de ce qui existe. « Parmi les choses répandues au hasard, le plus beau : le cosmos. L’harmonie invisible plus belle que la visible », écrit Héraclite d’Éphèse.