E-santé, adaptation des habitats ou encore participation sociale des seniors : lancée en 2013 par Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, et Michèle Delaunay, ministre déléguée aux Personnes âgées, la « silver économie » définit un cadre pour organiser l’offre de biens et services destinés aux 16 millions de plus de 60 ans que compte le pays. Ce marché immense concerne d’abord l’accueil et le soutien aux aînés, à travers les maisons de retraite, qui emploient plus de 500 000 salariés, et les services à la personne, mais aussi les travaux d’adaptation des logements, les aides techniques ou encore des solutions numériques destinées à faciliter la vie des plus âgés. L’objectif : faire du vieillissement une opportunité économique, plutôt que de ne voir dans cette transition démographique qu’une charge pour la société et des coûts liés au financement de la dépendance ou des retraites. On estime ainsi que la silver économie représente aujourd’hui une activité de 90 milliards d’euros et qu’elle devrait croître de 50 % d’ici à 2025. 

Celle-ci s’adresse à des publics âgés dont les modes de vie, les situations économiques, sociales et familiales ou encore les revenus sont très hétérogènes. La réussite de cette mutation implique donc de ne pas raisonner seulement en termes d’eldorado numérique pour économie déclinante, ni d’oublier le pouvoir d’achat contraint d’une majorité des retraités. Mais il s’agit de s’inscrire dans une logique de sociologie des usages et d’empathie, de faire avec des adultes âgés et non pas pour des personnes infantilisées car considérées comme dépassées. Cela passe par exemple par le développement de systèmes de surveillance, d’alerte ou d’encadrement à distance de personnes en perte d’autonomie ou en risque de fragilisation. Les outils numériques peuvent aussi contribuer à renforcer les liens, à favoriser le contact, à maintenir le regard… Mais la réponse technologique n’est pas la seule à devoir être mobilisée : des initiatives sont lancées pour réintroduire du service physique sur les territoires. D’autres solutions apparaissent bien moins intrusives et tout aussi efficaces : sols antidérapants, sols plus protecteurs, systèmes automatisés d’éclairage…

Rappelons aussi que le développement de cette silver économie a des effets sur l’ensemble de la société, en termes d’emplois, de relations humaines, d’innovations technologiques et sociales, de configuration des territoires… Adapter les équipements et les biens et services pour soutenir la vie de celles et ceux qui prennent de l’âge, c’est souvent faciliter la vie de nombreuses autres catégories de population. Le secteur est aussi porteur d’emplois nouveaux, en particulier dans l’accompagnement des aînés et de nouveaux métiers du care. Et une dynamique nouvelle se fait jour pour un habitat plus souple favorisant la mutualisation de services et d’équipements : adaptation des logements, résidences services, habitats regroupés, intergénérationnels ou autogérés, résidences autonomie… 

Nous sommes ainsi entrés dans l’ère de la « société de la longévité », au sens où le vieillissement de la population et l’allongement de la vie touchent d’une manière ou d’une autre toutes les générations. La France tente ainsi, avec trente ans de retard, de prendre exemple sur le Japon, qui très tôt a choisi de faire de la nouvelle donne démographique un levier d’innovation et de développement économique – ce marché y dépasse aujourd’hui les 800 milliards d’euros. 

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