– M. Delalande*, il ne faut pas arracher les fleurs que d’autres ont plantées.

– Mais elles ne me plaisent pas, ces fleurs. 

Le ton est celui de la réprimande amusée, la réponse marque une sincère indignation. Après plusieurs journées de pluie, le soleil s’est remis à briller. M. Delalande n’a pas attendu pour réinvestir son domaine : le jardin. C’est l’un des plus en forme des résidents de l’Ehpad Villa Pia, à Bordeaux : 89 ans, tout petit, une moustache blanche taillée avec soin, il a exporté ici la passion pour le jardinage qu’il a longtemps consacrée à sa maison, une ferme dont il garde un tableau et plusieurs photos dans sa chambre. Dès que le temps le permet, il plante, il déplante, il cueille, il arrache, pas toujours à bon escient mais avec un enthousiasme qui ne s’éteint pas, ne regrettant que l’interdiction qui lui est faite d’utiliser les bidons de Roundup qui lui restent et qu’il rêve d’écouler. 

En cet été changeant, il a même attrapé froid à force de se démener. À côté de lui, se mirant dans la porte-fenêtre du petit salon, une femme se repeigne inlassablement. Autour, les plus valides ont sorti des chaises et profitent de la chaleur des rayons du soleil.

Une soixantaine de ces pensionnaires sont amarrés là, dans ce paquebot à quai qu’est la Villa Pia. On devine à l’élégance d’une veste parfaitement coupée comme au gris d’une peau tatouée longtemps restée dehors la différence des parcours sociaux. La vieillesse ne les a pas rendus égaux, mais a ironiquement redistribué les cartes, plongeant le riche dans la nuit et laissant au pauvre un pas encore ferme. La vision glace. Ces vies tirées jusqu’à leur extrême limite ont-elles encore un sens ? Pour ceux qui les servent, la question ne se pose pas. Ce recul, qui est celui du novice, et que l’on devine chez les familles qui viennent pour la première fois visiter l’établissement, il me faudra du temps pour le dépasser.

Au salon

C’est le matin. Les aides-soignants finissent de descendre les résidents (c’est le terme consacré, et aucun autre ne sera jamais utilisé, ni « client » ni « pensionnaire », surtout pas « personne âgée » et encore moins « vieux ») dans le grand salon. Fauteuil après fauteuil, les invalides sont installés contre la baie vitrée qui donne sur la rue. La lumière baigne la pièce. Plusieurs bibliothèques sont installées dans les angles des murs, la télé est reléguée dans un coin avec un son suffisamment bas pour ne pas s’imposer à tous. Asma, une aide-soignante d’une exubérante jovialité, distribue à tous les gâteaux qu’elle a fabriqués pour célébrer l’Aïd, la fête de fin de ramadan. Ceux qui peuvent marcher arrivent à leur rythme. Olympe, le jeune chien de la directrice, vient quêter quelques caresses. De temps en temps, les cris des plus délirants rompent le silence. M. David appelle sa femme : « Lulu, Lulu… » Au bout de trois ou quatre fois, un « Ta gueule ! » péremptoire jaillit. Devant la télévision, une femme est prise d’une logorrhée grossière et répète en boucle « putain » et « merde », suscitant là encore une exaspération vivement exprimée. Ce ping-pong verbal, répété encore et encore, ponctue les journées, avec des périodes de calme et des moments plus paroxystiques. « Certains ne supportent pas de voir les autres en fauteuil », constate un aide-soignant. Mme Da Costa, une des résidentes les plus volubiles, le clame : « Mon Dieu, je prie souvent pour ne pas être comme ça. Déjà, ici, des fois c’est trop dur. Alors, pas comme ça, non, jamais… » Elle évoquera même, sans susciter de réaction, le cas de Vincent Lambert pour demander qu’on le laisse « partir ».

Eva l’entend-elle ? 39 ans, tout sourire, une boule d’énergie en perpétuel mouvement. Cette Lorraine, installée à Bordeaux depuis neuf ans, formée aux beaux-arts à Nancy et employée par une galerie avant de venir ici, travaille à la Villa Pia depuis quatre ans. Tous les jours, de 10 heures à 18 heures, elle est là, chargée d’animer ces longues journées. Le programme est rituel : lecture du journal, suivie de mini-ateliers. Le journal, c’est Sud Ouest. Les nouvelles sont choisies pour ne pas les perturber : horoscope, saint du jour, et un regard vers les annonces de décès. Si jamais…

Calée dans son fauteuil, Mme Da Costa ne rate jamais ce moment. Elle parle beaucoup, souvent pour protester, dans un français mêlé de portugais pas toujours aisé à comprendre, commentant tout ce qu’elle fait. Quand il s’agit de s’attaquer à la fabrication de salades de fruits, elle est la première à s’emparer du couteau. Eva a amené deux melons et une pastèque qu’il faut découper en morceaux. La veille, ils ont fait des brochettes de fruits, mais la gestion des piques a été compliquée. M. Rabourdin passe à côté du groupe, jette un œil sur le travail auquel il n’a visiblement aucune envie de participer, et salue ces dames avec une courtoisie extrême et une élocution parfaite. Il a un temps dirigé une revue littéraire et été très proche d’un des grands écrivains méconnus de la région, Jean Forton, dont il évoque fréquemment le souvenir. Sa chambre abrite de nombreux livres, les quelques exemplaires reliés de sa revue et un échantillonnage des gravures dont il fait la collection, rangées dans un meuble à tiroirs pour mieux les conserver. Mme Da Costa, qui a mis des gants, le salue, finit son melon, critique ses voisines qui ne vont pas assez vite et, d’un geste ample, couvre mon pantalon de jus de pastèque.

Le lendemain, elle aidera à fabriquer un « brancard » à apéritifs, une longue planche en bois percée de trous susceptibles d’accueillir des verres, pour l’événement de début juin : le vide-greniers de la villa. La semaine d’avant, le groupe s’est lancé dans la confection de confitures à vendre le jour J. Le premier essai, trop liquide, a dû être épaissi à la Blédine, sans grand succès. Tant pis : il sera, du coup, dégusté en interne, tandis qu’une nouvelle fournée sera mise en route. « J’observe beaucoup leurs émotions pendant ces activités, raconte Eva. J’essaie de savoir s’ils vont bien. Il y a des jours calmes et des moments de désarroi collectif, où tout le monde est très agité. » Le lendemain, un loto sera organisé. Une dizaine de personnes se passionneront, Mme Da Costa regardant autant les planches de ses voisines que la sienne et leur signalant avec force leurs oublis. Les gagnants (et les perdants aussi – c’est très École des fans comme philosophie…) recevront des chocolats de Pâques, dont le stock n’a pas été épuisé. Le mercredi, des bénévoles viennent organiser des parties de belote.

Cela réussit-il à les distraire ? Pas tous, non. Discours parfaitement cohérent, voix ferme, esprit délié, Mme Badonce est dans une forme intellectuelle parfaite. Elle est ici depuis deux ans, amenée par la mort inattendue de son fils, abattu par un cancer. « Je m’ennuie, dit-elle, un sourire courtois sur le visage et une lueur plus noire au fond des yeux. Je suis enchantée par le personnel, mais je ne sais pas quoi faire. » Sa vue ne lui permet plus de lire. Elle a même dû arrêter la peinture sur soie, qu’elle pratiquait avec passion. Les murs de sa chambre sont décorés de copies de tableaux de maître (Van Gogh, Picasso…). Elle passe beaucoup de temps entourée d’eux, à penser à ce qui n’est plus. Ceux qui ne vont pas au salon restent, comme elle, dans leur chambre ou viennent se mettre dans l’entrée : bout de couloir ni glamour ni particulièrement confortable, mais devenu une sorte d’agora de l’établissement, de place de village où les nouvelles s’échangent et où les ragots naissent. Face à la porte, gardée par un code qu’ils crient à tous ceux qui approchent, ils s’assoient sur de gros sièges colorés. Et ils parlent, commentent le spectacle de la rue, évoquent leurs vies d’avant ou se plaignent du menu affiché devant eux. Comme dans tout petit groupe, la moindre rupture de l’ordinaire suscite des commentaires à n’en plus finir. Le départ de M. Rabourdin, tombé dans sa chambre et emmené par le Samu pour une hospitalisation d’une nuit, a ainsi nourri les conversations du 8 juin. À côté, dans le corridor qui mène au salon, une femme est assise, toujours à la même place, face à la rue. Un peu plus loin, dans un fauteuil collé lui aussi à la vitre, un homme passe ses journées à regarder à l’extérieur. Dès qu’ils sont descendus, ils s’installent là, sur ces centimètres carrés devenus chez eux et dont personne ne songe à les déloger. Des agents de services hospitaliers (ASH) passent avec des verres d’eau : l’été approche, les grandes chaleurs aussi, et l’hydratation doit être poussée et contrôlée avec une rigueur accrue. Chacun doit noter les « unités d’hydratation » qui ont été données pour s’assurer que tout est bien pris en compte : un verre d’eau = tant d’unités, un bol de soupe, tant d’unités. « Le vrai souci, c’est la traçabilité, explique Stephan Pomarede, cadre de santé. Ce qui n’est pas comptabilisé n’existe pas. »

Les problèmes quotidiens sont débattus en réunion de cadres une fois par semaine. Tout y passe. Les climatisations soufflent de l’air mais ne rafraîchissent pas. Le prestataire ne fait pas grand-chose, et on envisage d’en changer. Il faut penser, en attendant, à mettre des ventilateurs et contrôler tous les matins qu’ils fonctionnent. « Bien sûr, il y a des dysfonctionnements, mais ils sont souvent le fait d’entreprises extérieures, justifie Élodie Laffont, la directrice, une ancienne professeure d’éducation physique reconvertie par le biais d’études de commerce et d’une spécialisation en gestion d’établissements médico-sociaux. « Nous n’avons pas de superpouvoir pour les faire intervenir plus tôt. Et si chez vous le plombier tarde à venir, dites-vous que chez nous aussi. » Les aides-soignants se plaignent de la lourdeur de la traçabilité, surtout maintenant que la loi de 2002 sur le secret médical interdit d’inscrire au pied du lit les renseignements médicaux. On évoque aussi les possibles recrutements et les stagiaires. L’une d’elles paraît peu adaptée à la tâche. Pendant la formation incendie, elle a préféré jouer avec son portable qu’écouter. Une autre trouve sa tenue « moche ». Une troisième est pleine de bonne volonté mais n’arrive pas à avoir un contact chaleureux avec les résidents. « On ne peut pas se contenter de gestes correctement effectués, rappelle Élodie Laffont. Il faut pouvoir accompagner les gens, et elle ne semble pas être très à l’aise dans la relation. » Il va falloir aussi changer de pharmacie, celle qui leur fournit tous les jours les doses individuelles pour les patients (avec pas mal d’erreurs, ce qui oblige à de fastidieuses vérifications) s’apprêtant à fermer. Un Iranien, coiffeur dans son pays mais encore interdit de travail en France, propose ses services bénévoles. Stephan rappelle qu’il faut faire faire aux résidents des listes de ce qu’ils n’aiment pas manger pour essayer de rendre les menus agréables au plus grand nombre.

En famille

« Eva, c’est quand la prochaine sortie ? » Eva comprend parfaitement le Da Costa, auquel il faut au néophyte un peu de temps pour s’habituer. « Bientôt, Mme Da Costa. » Les sorties, ce sont les événements majeurs de la villa, ceux qui réunissent tous ceux qu’on peut emmener. Il y a eu des sorties au restaurant, au café Bohème, juste à côté (on y va à pied ou à roues, c’est dire…), où le patron dégage une table de quinze personnes. « Ils mangent beaucoup de viande de bœuf. Pour des raisons sanitaires, on en sert peu à l’Ehpad. » Il y en a eu au zoo, d’où ils sont revenus ravis et dont les photos ornent tous les murs. Il y en a à la piscine, au cinéma… Mme Da Costa m’en raconte une. Je ne comprends pas grand-chose à ce qu’elle me dit, mais acquiesce avec un air que j’espère aimable. Les « fauteuils » aussi viennent, dans des camionnettes équipées pour les accueillir.

Cette fois, l’excursion sera une simple sortie « courses ». Elle était prévue pour trois, mais les deux autres se sont au dernier moment fait porter pâles. Eva part seule avec la benjamine de l’Ehpad, Mme Boulanger, 60 ans tout juste. Toute menue, noyée dans un grand manteau jaune, avec de longs cheveux gris lui tombant sur les épaules et toujours un peu l’air de s’excuser d’être là, Mme Boulanger est en quête d’un nouveau T-shirt. Eva a aussi les commandes de deux autres résidents qui ont besoin l’un d’un pot de miel (crémeux…), l’autre de gel douche. Direction Auchan, au Grand Parc, l’une des cités de Bordeaux. En chemin, Mme Boulanger se raconte un peu : elle est née à Bordeaux, a été vendeuse de vin, se réjouit à évoquer ses voyages en Espagne et en Angleterre mais passe sous silence son séjour à la rue et la façon dont elle a gagné la Villa Pia, d’abord en accueil de jour puis à temps plein. Dans le magasin, devant le rayon cosmétique, elle prend dans les mains un flacon de teinture pour cheveux blonds. « Avant, j’étais blonde », sourit-elle. Eva s’extasie : « Et vous aimeriez le redevenir ? » Un petit sourire, où se lit une nostalgie mêlée de désabusement, élude la vraie réponse. Elle finira par trouver son T-shirt, non chez Auchan mais dans une ressourcerie très proche, Amos. Après en avoir refusé un joli mais trop décolleté, elle se rabattra sur un autre à rayures, griffé Jacqueline Riu, qu’elle paiera 5 euros. Une affaire pour laquelle la félicitera Eva, presque plus contente qu’elle…

Ils sont quelques-uns, comme Mme Boulanger, à être passés par la rue ou par des situations sociales très difficiles. La structure de l’établissement, dont le budget est fixé par l’agence régionale de santé (ARS), permet de les accueillir. Le prix de pension (autour de 70 euros par jour) est fixé par le département. Ceux qui en ont les moyens le paient en entier, ceux qui ne les ont pas sont pris en charge par l’aide sociale, qui consacre 90 % de leur allocation à cet hébergement. 30 % des résidents bénéficient de cette aide sociale. Le taux d’occupation est de cent pour cent, et la liste d’attente d’au moins un an. Les places ne se libèrent qu’en cas de retour chez soi, très rare, ou de décès. La moyenne d’âge est de 85 ans. La doyenne a 105 ans. Souvent, les résidents ont déjà passé du temps en accueil de jour.

Une dame entre dans le bureau de la directrice, demandant à voir la chambre que l’on destine à sa mère, dont l’admission devrait avoir lieu la semaine prochaine. Elle paraît nerveuse, en devient dure. Sa mère vit à Bordeaux, elle à Paris. Elle était jusque-là prise en charge par sa sœur, elle aussi bordelaise, mais celle-ci est épuisée et ne veut plus continuer. Les familles viennent quand elles veulent, souvent pendant ces heures de salon. Certains sont très absents, d’autres sont là tous les jours, comme le fils de Mme Guilloux. Petit, volubile, sans travail, il a fait lui aussi de la villa sa deuxième maison. « Il vivait avec sa mère avant qu’elle soit là et, en fait, il vit toujours avec elle », s’amuse gentiment une des aides-soignantes. Se sentant parfaitement chez lui, donnant parfois un coup de main, il n’a jamais l’air de s’ennuyer, lit le journal, parle avec les autres familles et continue en tout cas de faire le bonheur de sa mère, à en croire du moins le sourire joyeux qui l’illumine quand il est là. D’autres sont là pour partager un repas. La fille de Mme Maurier vient souvent monologuer en face de sa mère, très handicapée, et le fils de Mme Clavel lui donne à manger lui-même, mélangeant du pain et du vin en une mixture d’aspect peu engageant mais qu’elle aime particulièrement. Le grand salon est aussi le lieu où mangent ceux qui ne peuvent plus du tout le faire tout seul.

Mémoires égarées

L’après-midi est souvent consacrée à des ateliers. « Vous allez à l’atelier mémoire ? » demande la directrice à Mme Plas, cette habituée du couloir, qui passe une grande partie de ses journées face à la fenêtre. « Je ne me souviens pas », répond-elle. Admirable tautologie… L’atelier mémoire est hebdomadaire, et animé par Catherine Casamayou, une neuropsychologue. « Nous essayons de travailler les troubles des mémoires, pas de la mémoire, car ils en ont plusieurs, et ce ne sont pas les mêmes qui ne réagissent plus. L’apprentissage en groupe motive plus qu’en individuel. » Les volontaires se sont installés autour d’une table, dans la salle d’animation du premier étage. Chaque semaine, il leur faut mémoriser une histoire, puis à partir d’un indice, la raconter à nouveau la semaine suivante. Catherine Casamayou montre un oiseau du Mexique : de souvenir en souvenir, se relançant l’un l’autre, ils iront jusqu’à évoquer Winston Churchill et Walt Disney. Quelques-uns se trompent, d’autres complètent. M. Fort, presque aveugle, s’endort sur sa chaise. Un ancien professeur rongé par Alzheimer, M. Lecomte, carrure de colosse, tête rasée, faux air de Chéri-Bibi, fixe l’oiseau. Son regard se brouille un peu. « M. Lecomte n’est plus avec nous », dit Catherine. « Non, il n’est plus avec vous », commente-t-il à son tour après un temps d’arrêt, le sourire un peu triste. Puis c’est un exercice d’inhibition. À une question évidente, il faut donner la mauvaise réponse. La neuropsychologue leur fait ensuite répéter à l’envers l’alphabet et des suites de chiffres. « C’est quoi l’intêret ? » demande Madame Cook, une Néo-Zélandaise à l’accent anglais très oxfordien. M. et Mme Babulle, l’un des rares couples mariés de l’Ehpad, ne viennent pas ensemble aux mêmes ateliers « pour avoir quelque chose à se raconter ». Lui est valide, elle en fauteuil roulant. Dans l’après-midi, Catherine passera dans le salon avec Zou, un petit garçon dont elle s’occupe depuis quelques jours. Il vient de Madagascar, a été récemment opéré du cœur grâce à La Chaîne de l’Espoir et doit encore rester en France quelque temps. Figé, mutique, il regarde avec de grands yeux noirs ce qui l’entoure, acceptant avec un étonnement passif les caresses de Mme Boulanger qui, sans enfant elle-même, l’installe d’autorité sur des genoux dont il ne fait nullement montre de vouloir partir.

Le jeudi, c’est une nouveauté, l’atelier expression, lancé il y a un an par Danièle Klein, la psychologue du lieu. « L’idée était de faire un travail en groupe, qui ne les prenne pas pour des idiots et favorise l’intégration. Nous parlons d’un thème qu’ils choisissent, avec un support que je prépare. Tout peut être abordé, mais courtoisement. » Ce jour-là, le sujet est Charles Baudelaire. Danièle a préparé une présentation. À l’inverse des activités du salon, qui sont surtout manuelles, celle-là est clairement intellectuelle. Mme Badonce, qui ne rate aucun de ces ateliers, est visiblement heureuse de dire tout ce qu’elle sait du poète. Les souvenirs remontent, les noms s’échangent : Edgar Poe, le très rigide beau-père, le général Aupick (dont Danièle distribue une photo), les maîtres que furent Hugo et Gautier… Mme Cook râle un peu parce qu’il fait froid, mais le dialogue est vif.

Et M. Molkou crée la surprise. Difficile parcours que celui de M. Molkou. Très renfermé, parlant peu, il est généralement plongé dans un livre, souvent un polar, et, lors des repas, ne décroche que très peu de mots à son compagnon de table. Sa vie, qu’il ne raconte pas, n’est guère connue que de l’administration. Guitariste doué mais sans succès, il peine à percer. Sa femme et sa fille, recrutées par l’Église de Scientologie, le quittent pour suivre les adeptes de Ron Hubbard en Angleterre : il ne reverra plus ni l’une ni l’autre. Des mois d’errance s’en suivront, qui l’amèneront un temps à la rue puis à réintégrer une maison, qui brûlera dans des conditions mystérieuses. Baudelaire semble le transcender. D’une voix grave et peu assurée, il cite des anecdotes, évoque Hugo et Nerval. Quand Danièle sort une photocopie du poème « Une charogne » et demande qui veut le lire, c’est lui qui se propose. Elle lui tend la feuille. Regard fixe, voix atone, diction hasardeuse : il massacre le texte mais va jusqu’au bout. Les applaudissements sont nourris. Même ceux qui n’ont pas bien compris ce qu’il disait ont senti que quelque chose venait de se passer. Trois semaines plus tôt, c’est Mme Da Costa, femme à l’intelligence évidente mais à la culture minimale, qui a vu pour la première fois un tableau de Van Gogh et en a eu les larmes aux yeux, tant elle n’avait « jamais rien vu d’aussi beau ».

À table

Les repas rythment les journées. Alors que les petits-déjeuners sont servis dans les chambres et les dîners où les résidents le souhaitent, celui de midi est obligatoirement pris en commun dans la salle à manger. Les tables sont dressées par affinités, mais les places désignées : ce serait impossible à gérer autrement. La nourriture est correcte, le « rab » offert sans hésitation. Les conversations sont souvent timides. Mme Da Costa anime sa table sous les regards plutôt indifférents de ses camarades. À la mienne se trouvent Mme Patroux, présente ici depuis sept ans et dont le mari est mort à la Villa Pia, et Mme Pruilh, râleuse devant l’éternel, dont la conversation est une suite de récriminations et de moqueries : ses médicaments ne seront plus remboursés, elle n’a pas eu de tomates alors qu’elle en voulait, elle veut qu’on lui fasse réchauffer ses plats avant même de les avoir goûtés… Elle communique ses plaintes à ses compagnons de table, qui acquiescent poliment. M. Aiglemont, petite moustache soigneusement taillée, français impeccable, faux air de Jean Rochefort, lui oppose une muette indifférence. Il aime surtout lire. Sur une chaise, dans le jardin ou dans le salon, il se plongera successivement dans La Vie devant soi et La Rivière Espérance. Ce n’est que le 6 juin qu’il s’animera, comme beaucoup. Ce jour-là, les commémorations du Débarquement font le lit des conversations, chacun y va de son anecdote ou de son souvenir, et M. Aiglemont se lâchera jusqu’à imiter à la Francis Blanche un officier allemand : « Ach, Paris, betites matames… »

Ces repas sont servis par les agents de services hospitaliers (ASH), trois par service. Kadi, l’une des plus jeunes, échange tous les jours les mêmes plaisanteries avec un M. Dustock, qui la menace de lui jeter un sort. « Je fais des études d’histoire en parallèle pour devenir archiviste ou conservatrice. Mais j’aime le travail ici parce que j’ai l’impression de vraiment aider les gens. Sinon, faire le ménage n’aurait rien d’exaltant », dit-elle. Marie-Flavie a d’abord travaillé en crèche, puis a rejoint l’équipe en 2018. « Ce sont deux mondes différents. La crèche, c’est la vie. Ici, c’est la perte de l’autonomie. Les voir se dégrader est souvent pénible. Certains sont odieux, nous appellent tout le temps, nous parlent mal, essaient en permanence d’attirer l’attention. Mais c’est parce qu’ils refusent la solitude. » « Avec eux, on apprend aussi plein de choses, la coupe Kadi. Moi qui suis jeune, je les écoute avec plaisir. » Eva aussi avouera cette transmission qui fonctionne dans les deux sens. « Même dans nos activités, ce sont souvent eux qui me corrigent, et moi qui apprends. En couture, par exemple… Je relativise beaucoup ce qui m’arrive depuis que je suis là. »

Deux fois par semaine, Frank va distribuer le linge, marqué dès que le résident s’installe et lavé par une entreprise extérieure. Ancien vendeur, il en a eu assez de travailler pour Ducs de Gascogne, une chaîne alimentaire, et est devenu ASH. « C’est une vocation apparue sur le tard », sourit-il. Il s’arrête un moment pour, de sa grosse voix chaleureuse, tenter de calmer les angoisses de Mme Gruget, qui a égaré (un retard de livraison, incident trop fréquent) un petit pull à fleurs auquel elle paraît tenir beaucoup. Cette attention n’est pas toujours payée de retour. « Une résidente, un jour, m’a dit de but en blanc que j’étais trop gros. Il faut le prendre avec le sourire. Souvent, nous sommes leur dernière famille. » Une femme le regarde entrer dans sa chambre, sans un mot. « Elle ne dit jamais rien, mais exprime. Je vois maintenant à un regard contrarié ou à un sourire si elle est contente ou non. » À un autre, ronflant sur son fauteuil, il lance : « Je vous surprends en flagrant délit de sieste, M. Liberge », sans obtenir de réponse.

L'heure des soins

Discours de communication ? On pourrait le craindre si n’apparaissait très vite l’évidente familiarité tissée avec les résidents, les gestes accomplis jour après jour avec attention, cette connaissance des besoins de l’autre. Les aides-soignants se chargent des soins et des toilettes, aident les résidents à se lever, les préparent pour la descente au salon plus tard dans la journée. Les équipes ont été stabilisées par étage pour s’occuper tous les jours des mêmes hébergés. Au début, elles ont protesté, craignant la routine. Aujourd’hui, elles constatent que cela a créé des liens plus forts. Brune, la quarantaine, les bras tatoués jusqu’aux épaules, Magali prend son service à 6 h 30, relevant l’équipe de nuit qui a veillé au grain, surveillé leur sommeil et changé les incontinents (l’immense majorité). L’équilibre du temps est capital : il lui faut réussir à tout faire et en même temps prêter une oreille attentive aux envies de parler et aux récriminations, remettre certaines pendules à l’heure, percevoir les demandes avant même qu’elles ne soient exprimées.

Dans la chambre de M. Lecomte, un ancien professeur, voisinent un grand portrait de Che Guevara, un dessin du commandant Massoud et une reproduction du Christ de Salvador Dalí. La bibliothèque mélange Montherlant et les Évangiles, Rousseau et Freud. Il se tient debout, couvert d’une pilosité noire et abondante, un change sur les reins. Magali l’accompagne dans ses gestes quotidiens, qu’elle commente et corrige. Plus loin, M. Mariani attend dans son fauteuil qu’elle le pousse jusqu’à la douche commune, équipée pour laver les résidents qui ne se lèvent plus. Chaque matin, elle lui glisse un petit mot sur l’une de ses deux passions : James Bond (il a un gros 007 marqué sur son fauteuil, porte des nœuds papillons « comme Sean Connery » et possède une photo d’Aston Martin au-dessus de son lit) et Sophie Marceau, qui lui sourit toute la journée depuis le mur sur lequel elle est punaisée.

Mme Granotier est plus inquiète. Il faut, tout en la menant vers la douche, la rassurer. Convaincue qu’une précédente aide-soignante a fait exprès de la faire tomber, elle ne veut plus la voir. Magali la calme, parle d’accident, la rassure jusqu’à faire tomber l’angoisse. Elle sort, lavée, presque prête à accepter que l’autre revienne. Petite, une oreille très décollée, une tête de lutin, elle a une façon de dire « oui » en arrondissant la bouche avec une détermination appuyée, comme si sa vie dépendait de sa réponse, qui n’appartient qu’à elle.

C’est du même ton, respectueux et apaisant, que Magali parlera à M. Borg, aussi hors du monde qu’il paraisse. Un corps recroquevillé sur lui-même, d’une extrême maigreur, dont la vision fugitive ne peut qu’évoquer ces photos de camps qui, à l’est comme à l’ouest, ont marqué la folie du xxe siècle. Aussi peu conscient soit-il (« mais quand on lui met de la musique, il réagit », affirme Magali), M. Borg sera traité de la même façon que ceux qui sont plus valides : lavé, habillé avec goût (il était coquet), mis dans son fauteuil, descendu au grand salon… Asma, de son côté, s’occupe d’autres résidents. Quand elle a fini, elle vient donner un coup de main à sa collègue. Selon les jours, selon les attentes des résidents, leurs angoisses, leurs demandes, la tournée peut être plus ou moins longue. « C’est difficile de calculer le temps qu’il faudra. Il y a un certain nombre de gens à voir, et en même temps on ne sait jamais s’ils auront envie de parler ou non et combien de temps il va falloir passer avec l’un ou l’autre. » Avec eux, elle révise aussi leur « projet de vie personnalisé », obligation légale qui est l’une des clés de leur relation à l’établissement. Chacun doit en établir un, et le résident comme les responsables essaient de le mettre en œuvre. Beaucoup sont très basiques : manger avec sa famille, aller chez soi pour Noël… D’autres sont inattendus. M. Molkou voudrait refaire de la guitare, M. Delalande, se mettre à l’informatique. À chaque fois, l’équipe voit ce qu’il est possible de faire. 

Ces heures du matin où ils s’arrachent à la nuit, où un jour nouveau vient se rajouter à une vie que certains trouvent déjà trop longue, sont souvent celles où les blessures se rouvrent, où les douleurs refont surface. « En mai, Mme Badonce célèbre l’anniversaire de la mort de son fils. Tout le monde sait que c’est un moment très difficile pour elle, qu’elle va déprimer pendant des jours. Il faut redoubler d’attentions », confie Élodie Laffont. Ruptures familiales, époux dont l’absence ne s’oublie pas, angoisses diverses remontent dans ces moments-là.

L'amour n'a pas d'âge

Des amitiés naissent et meurent. Mme Badonce a connu « un coup de foudre amical », comme le disait même sa famille, avec une autre résidente, qu’elle ne quittait plus. Mme Patroux a suivi jusqu’à la fin Mme Collin, une centenaire avec qui elle disputait de longues parties de scrabble. Elle a même été invitée à son enterrement par la famille, consciente de ce que ce dernier attachement avait apporté à la défunte. De (petites) fêtes s’organisent parfois. Ils se retrouvent dans les chambres les uns des autres. Certains achètent des bouteilles et invitent les autres, comme des adolescents en colonie de vacances. M. Rabourdin avait même demandé à avoir un frigidaire dans sa chambre. Cela ne s’est pas fait : l’expérience, déjà tentée, avait montré qu’ils y laissent souvent pourrir des aliments déjà entamés, et il a refusé le contrôle. La seule fois où Mme Patroux a haussé le ton, cela a été le jour où une ASH avait jeté des pots de confiture entamés qu’elle gardait dans une armoire et que les fourmis avaient envahis. « Vous n’avez pas le droit de fouiller dans ma chambre », avait-elle protesté. La direction lui avait donné raison. « Leur chambre est leur espace, l’agent logistique aurait dû informer la résidente », confirme Mme Laffont.

Il est aussi des inimitiés. Ainsi une dame, juive, était-elle convaincue d’avoir reconnu dans une autre résidente celle qui l’avait dénoncée pendant l’Occupation. Vrai ? Pas vrai ? Nul ne pouvait le dire. Mais il était impossible de les laisser ensemble. Une autre femme, qui avait pourtant milité beaucoup dans des associations d’aide aux réfugiés, était devenue extrêmement raciste, et refusait que les aides-soignants de couleur (nombreux) s’occupent d’elle. Le travail des équipes est aussi de repérer ces détestations et d’isoler les uns des autres ceux qui les éprouvent.

Même chose pour les amours. Amours ? À leur âge ? Eh oui, à leur âge. Sexualité, même. Ça fonctionne donc encore ? Oui, ça fonctionne. Ça peut, du moins. Les aides-soignantes, à qui il arrive de surprendre des masturbations matinales, en témoignent. Les sentiments renaissent, l’envie de séduire aussi. M. Rabourdin, qui adore danser malgré sa vue très défaillante, a emmené Mme Patroux à déjeuner, et elle le raconte avec un sourire réjoui. M. Claes, volontiers hâbleur, a noué ainsi quelques amitiés féminines, dont le personnel s’interdit de savoir si elles sont allées plus loin.

Les employés, la première surprise passée (« Un jour, j’en ai vu deux qui se faisaient des petits bisous. J’ai été choquée… » s’amuse aujourd’hui Kadi), prennent d’ailleurs avec bonne humeur ces liaisons. Celles que cela heurte, ce sont les familles. Elles trouvent cela « dégueulasse, à leur âge », évoquent le respect dû au conjoint défunt en cas de veuvage, reprochent à la villa de ne pas les « surveiller ». « Mais nous n’avons pas à les surveiller. Cela reste leur vie, et nous œuvrons d’abord pour leur bien-être », affirme Danièle Klein. Elle se souvient de sa difficulté à annoncer à une famille qu’ils allaient changer le lit de la chambre de la mère pour en mettre un plus grand : tous les soirs, son amoureux la rejoignait et restait dormir avec elle. Le lit étant trop étroit, il en tombait souvent. La belle-fille l’a pris en riant, mais le fils l’a très mal supporté.

Et c’est tout le problème de leur liberté qui est posée. S’ils sont diminués, ils n’en restent pas moins des adultes. Leurs choix de vie sont leurs choix de vie. Ainsi l’hygiène : faut-il les forcer à une douche quotidienne quand ils n’en ont pas envie ? Non. « Un jour une résidente nous a dit : “Puer n’a jamais tué. Forcer, c’est maltraiter.” On y repense souvent en cas de refus de soin », cite volontiers Élodie Laffont. Il a fallu du temps pour obtenir de M. Alban, ancien SDF, qu’il prenne une douche hebdomadaire. Ceux qui n’en veulent pas tous les jours obtiennent gain de cause. Mais, là aussi, les familles tiquent quand, parfois, mamie sent mauvais. Mme Lagane a longtemps bu. Son entrée à la Villa Pia a amené une rupture avec sa famille : son fils voulait qu’elle reste dans un appartement assisté, meilleur marché ; elle a refusé, ne se sentant plus capable de vivre seule. Du coup, il ne vient plus la voir. Parfois, elle regoûte à la bouteille. On lui dit que ce n’est pas bien mais on ne le lui interdit pas. M. Lellouche s’asseyait par terre : fallait-il l’obliger à regagner un fauteuil, dans lequel il était mal ? Non, mais le spectacle de ce vieillard assis sur le sol choquait les visiteurs. Comme celui des invalides mangeant avec leurs doigts. « Mais ils mangent, ce qui est le but, poursuit Élodie Laffont. Avec un couteau et une fourchette, ils ne savent plus le faire. Ou alors ils se blessent. » Les valides sortent comme ils veulent, à la simple condition de prévenir. Récemment, on leur a mis des bracelets, avec le numéro de téléphone de la villa. « Nous craignions qu’ils ne se sentent étiquetés. Nous leur avons expliqué. C’est très bien passé. Quand ils partent, ils montrent leur bracelet à l’accueil. Je crois qu’ils se sentent rassurés. » Ce respect de leur liberté, c’est aussi celui de la liberté des familles, même quand les équipes désapprouvent : certains résidents ne savent pas qu’ils sont ici jusqu’à la fin, leurs proches entretenant la fiction d’un séjour temporaire. Une dame ignore encore, ses enfants souhaitant l’épargner, que sa mère est récemment morte.

La mort. Elle est là, bien sûr, compagne omniprésente, toujours tapie, inscrite sur les corps, crainte et parfois évoquée dans les conversations, évidente quand l’un d’eux ne se mêle plus aux autres car condamné à ne plus marcher que « du lit au lit ». « La mort ici n’est pas belle, ici pas plus qu’ailleurs, constate Stephan Pomarede. Ce n’est pas, comme dans les films, un grand-père alité qui délivre son message dans une chambre blanche… » Les avis de décès sont affichés sur la cheminée du grand salon. Publics, mais pas exhibés. À chaque fois, une lettre de condoléances à la famille est rédigée par les résidents. La place du mort est laissée libre à sa table pendant quelque temps. « Ils ont envie de faire leur deuil, et marquer l’absence de l’autre leur fait sentir aussi que, le jour où ce sera leur tour, ils ne seront pas oubliés. » Pour les équipes également, ces deuils sont souvent durs. « On ne s’y habitue pas, dit Nathalie, aide-soignante de nuit. Certains liens sont vraiment forts. On a le temps de les voir vieillir et décliner. » Manu, un autre des professionnels de nuit, habite à 50 kilomètres de là, pas loin de la mer. « Quand il y a un deuil dans la nuit, le matin, en rentrant, je vais courir sur la plage, longtemps, avant d’aller me coucher. » Sous deux vitres, à l’entrée, une cinquantaine de lettres de familles remercient la villa après la mort de leur proche. Les mêmes mots reviennent souvent : « attention », « dévouement », « accompagnement »… Au-delà de leur volonté propagandiste, la mise en évidence de ces deux panneaux prouve aussi le refus de s’aveugler sur la vraie destination de l’établissement.

Le 15 juin, ce sera le vide-greniers. Une des grandes fêtes de l’année. Depuis des mois, Mme Patroux s’y prépare. Elle s’est découvert, grâce à Eva, une passion pour la fabrication de pompons. Toute la journée, avec une assiduité extrême, presque convaincue que c’est là une mission, elle fait ses pompons. Les marchands de laine du quartier suffisent à peine à la fournir, et ce sont déjà des sacs entiers qu’elle tient prêts à la vente. « Bien sûr, il y aura peu d’acheteurs, sourit Élodie Laffont. L’an dernier, ça a été pareil. Nous avions tous peur qu’elle ne soit très déçue… » La journée avançant, la mévente des pompons s’annonçait de plus en plus évidente. Alors le mot a couru. Chacun des employés, directrice, médecin, aides-soignants, est allé acheter sa production à Mme Patroux, lui offrant une heure de gloire inattendue. Du coup, cette année, elle a mis les bouchées doubles. « Nous allons devoir en acheter encore plus… », sourit Élodie Laffont. 

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