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Législatives : vers des coalitions gazeuses

Les alliances qui se forment en ce moment en vue des législatives sont à la fois instables, transitoires et incertaines. Le politiste Vincent Martigny nous explique pourquoi.

Législatives : vers des coalitions gazeuses

C’est le temps des grandes manœuvres. Après la réélection d’Emmanuel Macron et l’émergence largement commentée de trois grands blocs réorganisant la vie politique française, deux nouvelles alliances se sont formées cette semaine dans la perspective des élections législatives.

À gauche, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale voit le jour et consacre une alliance longtemps jugée impossible entre La France insoumise, le Parti communiste, Europe Écologie – Les Verts et le Parti socialiste.

Dans la majorité présidentielle, une coalition baptisée « Ensemble » a été annoncée jeudi entre La République en marche qui change de nom pour devenir le parti « Renaissance », Horizons, la formation d’Édouard Philippe, le Modem, Agir, et plusieurs petits partis centristes.

Contrairement à ceux qui considèrent que la messe est dite et ce, pour longtemps, tout indique au contraire que ces unions seront de nature « gazeuses » et que ces alliances ne sont que des étapes dans la réorganisation de notre paysage politique.

Ces alliances sont d’abord des mariages de raison et non d’amour

Gazeux, c’est le terme qu’avait employé Jean-Luc Mélenchon dans un entretien au 1 en 2017 pour qualifier le mouvement de la France insoumise. Gazeux au sens d’instable, de transitoire, d’incertain… Et ces trois adjectifs s’appliquent très bien aux deux coalitions en cours de formation.

Instables, elles le sont avant tout parce que ces alliances sont d’abord des mariages de raison et non d’amour.

À gauche, il s’agit avant tout de répondre à la volonté d’union des sympathisants lassés de perdre toutes les élections à cause de l’incapacité de leurs dirigeants à s’entendre. Les 22 % de Jean-Luc Mélenchon ont semé un espoir dans le cœur du peuple de gauche, alors qu’on annonçait la mort cérébrale et électorale de cette famille politique voici encore quelques mois.

Qualifiée « d’accord historique » par certains, de trahison de la social-démocratie pour d’autres, elle rappelle le programme commun entre le PS et le PCF de 1972, dont on sait qu’il avait rapidement explosé devant les divergences profondes entre les deux partis.

En attendant, la perspective d’une résurrection, fut-elle pour se contenter de devenir la principale force d’opposition au pouvoir actuel, est un moteur puissant, même si cela conduit les partis en présence à mettre d’importantes divergences de fond sous le tapis.

Autour d’Emmanuel Macron, la situation est plus classique. L’enjeu du rassemblement est de garantir une majorité qui permette au président réélu de gouverner, alors que l’espoir de former un parti unique est resté lettre morte. Quitte à assister au mariage des carpes et des lapins, entre les macronistes de gauche, majoritaires en 2017, et les chevènementistes d’une part ; et toute une galaxie de mouvements de droite d’autre part, qui comptent orienter la coalition à leur avantage dans l’avenir.

Et l’avenir, tout le monde semble ne penser qu’à cela, démontrant la dimension transitoire de la situation. Les élections législatives du 12 et 19 juin seront des juges de paix bien temporaires, et encore, surtout pour les vainqueurs. Du côté de Nupes – la Nouvelle union populaire écologique et sociale –, la solidité de la coalition dépendra du score obtenu. La victoire stabiliserait la situation, tout comme une défaite honorable qui serait en mesure de souder les groupes parlementaires dans la lutte contre les réformes d’Emmanuel Macron. Mais un échec plus marqué amoindrirait immédiatement l’intérêt d’une union et conduirait à la contestation du leadership de La France insoumise.

Dans la majorité présidentielle, les tensions interviendront quoiqu’il arrive, puisque l’enjeu est de savoir ce qu’il adviendra du macronisme après que le président aura terminé son second mandat. En attendant, celui-ci compte bien tenir en joue tout ce petit monde le plus longtemps possible pour ne pas se faire imposer sa politique par d’autres, à commencer par son ancien Premier ministre Édouard Philippe, dont les ambitions de succéder au chef de l’État sont claires.

La conclusion à tirer d’une telle séquence est que la réorganisation en cours de notre vie politique est loin d’être terminée. Celle-ci est plus archipélisée que jamais, à gauche comme au centre et à droite, sans même parler de ce qu’il adviendra à l’extrême droite entre le RN, le parti Reconquête d’Éric Zemmour et la frange radicalisée de LR qui serait tentée de les rejoindre…

Ce que vont déterminer les élections législatives, c’est la nature du rapport de force au sein de chaque coalition. Du moins si le scrutin majoritaire n’empêche pas l’expression de ces différences d’opinions. Si « l’union est toujours un combat », comme le rappelait l’historien Marc Lazar dans un excellent texte publié dans Le Monde jeudi, sa survie dépendra de la capacité à voir coïncider les intérêts et les circonstances.

 

Illustrations SIMON BAILLY

 

Chaque vendredi à 18 h 40, retrouvez Vincent Martigny dans l'émission « Une semaine en France » présentée par Claire Servajean de 18 à 19 heures sur France Inter. En partenariat avec le 1.

07 mai 2022