Quotidienne

Où est passée la droite ?

Vincent Martigny, politiste

Alors que la droite avait tout pour gagner l'élection, elle semble tout faire pour la perdre...

Où est passée la droite ?

Et si la droite, qui avait tout pour gagner cette élection, ne faisait pas tout pour perdre ? C’est la question qui se pose, alors que la campagne de Valérie Pécresse ne finit pas de s’enliser. Cinquième dans les sondages au coude-à-coude avec son meilleur ennemi Éric Zemmour, la candidate des Républicains a perdu 6 points dans les intentions de vote en quelques semaines, rendant son élimination au 1er tour quasiment certaine, à moins d’un retournement majeur.

Que s’est-il passé ? Les électeurs de droite attendaient pourtant avec une impatience non dissimulée la revanche de leur famille politique après l’élimination de François Fillon en 2017. La désignation de la première femme candidate de son histoire au congrès LR du 4 décembre dernier, investie au terme d’une procédure alambiquée, avait permis l’union de ses concurrents derrière elle. Valérie Pécresse avait dès lors tout pour réussir : à la tête du dernier parti encore debout, elle disposait de la majorité au Sénat et d’un groupe parlementaire conséquent de 101 députés, d’une implantation sur tout le territoire, de la majorité des villes, des départements… Même le débat public faisait la part belle aux idées conservatrices, laissant espérer un alignement des étoiles semblable à celui qui avait permis l’élection du socialiste François Hollande en 2012. Sauf que les choses ne se sont pas passées comme prévu…

Même quand elle dit vrai, Valérie Pécresse sonne faux

Premier facteur en cause : les difficultés de Valérie Pécresse sur le plan de l’incarnation. Dans un univers politique dominé par la spectacularisation et la personnalisation, où les candidats sont censés nous convaincre, mais aussi nous émouvoir, nous faire rire, voire nous faire rêver, comme les héros des séries dont nous sommes si friands, le public ne supporte plus les mauvais acteurs. Or, pour son malheur et celui de ses soutiens, Valérie Pécresse joue mal. Sur une scène, dans ses réunions publiques ou lors de ses rencontres avec les Français, la présidente de la région Île-de-France apparaît mal à l’aise, peu empathique, exagérant ses indignations ou ses colères, incapable d’entraîner derrière elle ses partisans, par déficit de charisme et de sincérité. Car c’est là tout son drame : même quand elle dit vrai, Valérie Pécresse sonne faux.

On ne saurait cependant résumer son insuccès à ce souci d’incarnation, même si cette dimension compte beaucoup dans une course présidentielle. Sa ligne politique, qui hésite entre Macron et Zemmour, explique également ses difficultés. Écartelée, la candidate passe son temps à donner des gages à l’extrême-droite – comme sa récente proposition de supprimer le droit du sol à Mayotte et en Guyane –, tout en tirant à boulets rouges sur le président sortant, qui a les yeux de Chimène pour ses électeurs.

En égrenant ses propositions au fil de la campagne, elle semble perpétuellement à contre-courant des évolutions récentes de l’opinion publique

Et si la droite n’avait pas perçu que la recette alliant ultra-libéralisme économique et conservatisme culturel n’était pas au diapason d’une société française en pleine mutation politique ? Alors qu’Emmanuel Macron propose une offre politique libérale économiquement et, dans une moindre mesure, culturellement, et alors que Marine Le Pen propose tout l’inverse – ultra-conservatrice sur l’immigration, la nation ou l’autorité, elle se veut la défenseuse des plus faibles sur le plan économique –, la candidate LR a du mal à convaincre de la cohérence de son positionnement idéologique.

En égrenant ses propositions au fil de la campagne, elle semble perpétuellement à contre-courant des évolutions récentes de l’opinion publique… Elle propose de réduire le poids de l’État et le nombre de fonctionnaires, alors que la puissance publique a sauvé le pays de la ruine en nationalisant les salaires au cours des deux ans de la pandémie de COVID et que la demande de refondation de l’hôpital n’a jamais été aussi forte. Elle prône l’austérité budgétaire – pour ne pas continuer à « cramer la caisse », selon ses propres termes –, alors que les Français demandent des mesures pour revaloriser leur pouvoir d’achat. Elle n’a pas un mot sur l’environnement, alors que cet enjeu est érigé en priorité pour la grande majorité des Français, de droite comme de gauche. Même sur l’immigration, où l’air du temps semblait favorable à ses positions très dures, elle se retrouve – guerre en Ukraine oblige – à défendre l’accueil de réfugiés en nombre, au nom de la solidarité européenne.

Moins de la moitié de ceux qui avaient voté pour François Fillon en 2017 déclarent aujourd’hui vouloir porter leur choix sur la candidate LR

Ses références récurrentes aux années 1980, lorsqu’elle se compare à Margaret Thatcher, fait l’éloge de Jacques Chirac ou veut réhabiliter les lois Pasqua, en rajoutent dans la dimension vintage d’une campagne et d’une candidate qui ne semble plus savoir où elle habite ni à quelle époque.

Les électeurs de droite en tirent les conséquences. Moins de la moitié de ceux qui avaient voté pour François Fillon en 2017 déclarent aujourd’hui vouloir porter leur choix sur la candidate LR. Les autres rejoignent Emmanuel Macron et, dans une moindre mesure, Éric Zemmour, et ce dès le premier tour. Pour LR, l’heure est grave. Ce qui est en cause, c’est bien la survie du parti, qui pourrait exploser si la candidate plongeait sous les 10 % à l’issue des premiers résultats. Valérie Pécresse a beau jeu de dire qu’à seize jours du scrutin, tout est ouvert.  En réalité, l'élection présidentielle pourrait bien se refermer sur la droite comme un piège infernal.

 

Chaque vendredi à 18 h 40, retrouvez Vincent Martigny dans l'émission « Une semaine en France » présentée par Claire Servajean de 18 à 19 heures sur France Inter. En partenariat avec le 1.

26 mars 2022