Point de vue

L'art de court-circuiter l’impuissance publique

Pour qui veut bien ouvrir les yeux, derrière l’épuisement de notre État providence, la fragilisation de nos finances publiques, le discrédit de nos élus politiques ou encore l’impuissance de notre administration face à des problèmes sociaux de plus en plus ­aigus, on voit s’affirmer en France un état d’esprit et des comportements nouveaux : des citoyens qui, plutôt que de se plaindre ou d’attendre des pouvoirs publics une solution qui ne viendra plus, décident de prendre les choses en main.

En témoignent la vitalité du tissu associatif, mais aussi une multitude d’initiatives inspirées par les modèles organisationnels de l’économie collaborative : le succès du covoiturage là où on aurait adressé une pétition à la mairie pour obtenir des lignes de bus supplémentaires ; le développement de banques de temps et de plates-formes d’échange de services, là où on aurait autrefois milité pour une augmentation des moyens d’assistance sociale ; le financement participatif de projets culturels en lieu et place de la recherche de subventions publiques ; ou encore, tout récemment, la mise en place d’un cadre juridique qui autorise les dons de jours de RTT entre salariés, qui permet aux employés d’une même entreprise de coproduire les droits sociaux dont tel ou tel peut avoir besoin pour faire face à un drame personnel.

Ces formes nouvelles ­d’action collective ne sont pas qu’un pis-aller, elles sont là pour durer : elles répondent à des besoins installés pour longtemps et constituent une immense chance de réinvention de notre pays. 

Réinvention du service public, qui devient désormais une coproduction entre l’administration et l’usager. Réinvention politique qui n’est plus un domaine laissé à l’expertise de « professionnels » (élus politiques et fonctionnaires), mais un bien commun dont nous sommes tous les artisans et les garants. Réinvention sociale tant l’engagement dans l’action collective est un levier majeur de fabrication de confiance – dans les autres, avec lesquels se tissent des échanges, et dans l’avenir, qui n’est plus subi mais repris en main. Réinvention économique enfin, car c’est le moyen de desserrer l’étau de l’austérité, de combiner la maîtrise de la dépense publique et le maintien d’une qualité de service public qui fait partie non seulement du confort de la vie en France, mais aussi des atouts concurrentiels de notre pays. 

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