Sénégal : l’éveil des consciences

DAKAR. Au Sénégal, le désert et la mer avancent inexorablement sur les pâturages et les villes. Le réchauffement climatique bouleverse la pluviométrie, les sols s’acidifient et le tapis herbacé s’en va avec les feux de brousse. Dans la cité historique de Saint-Louis, l’érosion côtière détruit un quartier entier, poussant des centaines de réfugiés climatiques à abandonner leur maison pour une tente. À l’intérieur des terres, la désertification des cultures fait courir le risque de famine aux populations et aux bêtes. « Les jeunes sont les premiers concernés par le changement climatique. Ils prennent les pirogues vers l’Europe pour fuir la dégradation de leurs conditions de vie », observe Haidar El-Ali, militant vert et ancien ministre de l’Écologie sénégalais. Pourtant, la sensibilisation aux dangers du réchauffement reste faible. « Le gouvernement a ses urgences : éducation, santé, mais il sera bientôt contraint d’aborder frontalement la question écologique », assure Haidar El-Ali.

En attendant, les jeunes s’organisent sur les réseaux sociaux pour pallier les carences de l’État. « Depuis deux ans, on voit la naissance d’une véritable conscience écologiste sur Internet. Plusieurs groupes de lutte contre la pollution ou de protection de l’environnement émergent et se lient », soutient Makhtar Ndiaye, activiste et blogueur. Des mouvements comme Save Dakar ou les Jeunes volontaires pour l’environnement s’attaquent à la pollution de la capitale et forment aux réflexes écologiques. D’autres, comme le Club des élèves et étudiants verts, postent des vidéos de sensibilisation contre le réchauffement et l’immigration clandestine. « Les jeunes sont conscients, mais pas toujours convaincus que le danger climatique, c’est maintenant, appuie Alassane Béya, son président. Tant qu’il n’y aura pas de volonté politique, les choses ne changeront pas. »

Même constat chez Aboubakry Wade, militant à l’origine de l’initiative « 1 twitto, 1 arbre » qui appelle les jeunes actifs sur Twitter à reboiser leur pays. « Les décideurs ont tardé à réagir, dit-il. Nous sommes les premiers concernés, donc c’est à nous d’alerter de l’urgence. » Dans le cadre de la grève mondiale du 15 mars, il s’est allié à plusieurs associations pour organiser un « week-end vert ». Au programme : plantation d’arbres, nettoyage de plages et réalisation d’un jardin maraîcher dans une école de Bargny, ville fortement frappée par l’érosion côtière et la pollution. La complainte des jeunes Sénégalais a-t-elle été entendue par le président réélu le 6 mars ? « Il a annoncé vouloir engager 50 000 jeunes pour reboiser le pays, relève Aboubakry. Nous verrons si la promesse sera tenue. » 

 

MATTEO MAILLARD

[…]
Haut de page

Tous les numéros du 1

Sommaire