Contrepied

L’homme qui ne change pas

La Décalcomanie, René Magritte, 1966, exposition « Magritte, la trahison des images » au Centre Pompidou jusqu’au 23 janvier 2017
© Photothèque R. Magritte / Banque d’Images © Adagp, Paris 2016
La Décalcomanie, René Magritte, 1966, exposition « Magritte, la trahison des images » au Centre Pompidou jusqu’au 23 janvier 2017
© Photothèque R. Magritte / Banque d’Images © Adagp, Paris 2016

François Hollande illustre à la perfection le constat de Spinoza : « Tout être persévère dans son être. » Autrement dit, l’homme ne change pas, au contraire, il développe en profondeur ce qu’il est et persiste dans son être quels que soient ses défauts et ses qualités.

La première fois que j’ai rencontré -François Hollande, c’était en juillet 2007. Je quittais en voiture l’aéroport de Tanger où j’étais venu chercher un de mes enfants qui rentrait de Paris. Je vois un monsieur en costume foncé, cravate malgré la chaleur, attendant avec sa petite valise sur le bord de la route comme s’il faisait de l’auto-stop. C’était un petit gros, presque insignifiant, assez sympathique, genre fonctionnaire modeste. Je m’arrête et lui propose de le ramener en ville. Il me remercie et me dit qu’il attend des amis qui sont en retard.

Je saurai plus tard qu’il était venu rejoindre la femme qu’il aimait clandestinement à l’époque, Valérie -Trierweiler. J’apprendrai aussi qu’il est du genre à compenser son aspect physique, qui n’est pas celui d’un bel homme, par un sens de la repartie, par l’intelligence et l’humour. 

Je connaissais Valérie en tant que journaliste et je la trouvais belle et sensuelle. Je ne pouvais imaginer qu’elle tomberait amoureuse de cet homme. Pourtant ce fut ce qui arriva. Elle l’avait pris en mains, l’avait fait maigrir et filait avec lui le parfait amour. 

C’est un homme complexe. Son tempérament ne correspond ni à son allure générale ni à son physique. Pourtant c’est un homme dur ; il a un grand appétit de vivre – le Guide Michelin est sa bible – et ne supporte pas de perdre une minute. Il n’a pas d’affect, pas d’empathie. Il est opportuniste et sait se servir des autres. Il aime le combat et respecte les combattants. L’ENA est l’unique logiciel qu’il respecte et suit. Il n’est pas influençable. Il fait semblant d’écouter ses conseillers et amis mais n’en fait qu’à sa tête. J’ai découvert cet aspect chez lui peu après qu’il m’eut demandé de lui parler du Maghreb. Il ne suivait aucun de mes conseils. Je savais qu’il avait un penchant pour l’Algérie où il avait fait un stage au moment de ses études à l’ENA. Au lieu de faire une tournée dans les trois pays de cette région, il fit un voyage unique en Algérie, ce qui n’était pas très diplomatique.

En politique, il a ses convictions et rien ne le décourage. C’est un trait de caractère important : il ne change pas de trajectoire. Ni les sondages qui lui sont défavorables, ni la presse qui n’est pas tendre avec lui ne l’ébranlent. À part la tragédie des attentats de janvier et novembre 2015 à Paris, rien n’a pu l’affecter. Ni la femme qui a versé sur sa tête un sac de farine pendant sa campagne électorale, ni son ami Cahuzac dont la trahison est une sorte d’humiliation, ni la pluie qui ruisselle sur son corps en plusieurs occasions ne lui ont fait perdre son sang-froid. C’est une force. 

On aurait dû savoir que cet homme n’est pas un mou. Il a tenu sa promesse de ne jamais se marier. Il a fait quatre enfants à Ségolène Royal sans passer devant le maire pour officialiser leur relation. Valérie espérait beaucoup qu’il changeât d’avis une fois devenu président. Elle était même persuadée que pour des raisons politiques et pratiques, il allait se marier avec elle. Illusion ! C’est un homme qui ne change pas. La preuve : personne dans son entourage n’avait été mis au courant de sa décision de ne pas se représenter. Il n’écoute que ses silences, ses pensées profondes auxquelles personne n’a accès.   

 

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