Vingt ans après avoir quitté la magistrature, comment jugez-vous l’attitude de la justice par rapport aux puissants ?

Il est vrai qu’il n’y a plus d’impunité assurée, cela date de l’affaire Elf. Mais, en réalité, peu de choses ont changé. La justice est toujours impitoyable avec les faibles. Le sentiment d’impunité des plus puissants n’est pas un fantasme, c’est une réalité qui nourrit le populisme.

Tout de même, d’anciens présidents ou Premiers ministres ont été poursuivis ces dernières années.

Oui, mais après de trop longues années d’enquête. Les procédures politiques sont freinées par tous les moyens. L’affaire des faux électeurs du Ve arrondissement, par exemple, était un dossier simple qui datait de 1989 : il a été jugé en 2006, dix-sept ans après la révélation des faits. Et la cassation est intervenue en 2015. L’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 : l’enquête se poursuit treize ans après. Quel sens cela a, si longtemps après ? Quant à Éric Woerth, mis en examen dans cette affaire, comment peut-il être toujours président de la commission des finances de l’Assemblée nationale ?

D’où viennent ces freins ?

Le plus important, c’est le statut du parquet. Le grief le plus grave que j’ai à l’encontre de François Hollande, c’est peut-être qu’il n’ait même pas essayé de modifier ce statut. Les procureurs sont toujours nommés en Conseil des ministres, cela crée un certain état d’esprit. Quand les procureurs pensent à leur carrière, ils ne rendent pas compte à l’opinion publique mais aux puissances en place. On l’a vu l’an dernier quand une militante d’Attac a été blessée à Nice lors d’une manifestation de Gilets jaunes : le procureur Jean-Michel Prêtre a aussitôt exonéré la police en expliquant qu’il ne voulait pas mettre le président Macron en difficulté. C’est un exemple de la maxime norvégienne qui dit qu’il faut prendre le poisson quand il saute. Finalement, rien n’a changé depuis la nomination de ­Philippe Cou

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