Je suis arrivée en France dix ans après la Marche pour l’égalité et contre le racisme. Avec mes parents et mes deux frères (avant que le troisième ne naisse), nous nous sommes installés dans un petit appartement d’une cité de Grenoble et y avons vécu jusqu’en 1994, date à laquelle nous sommes retournés en Algérie, alors en proie au terrorisme du GIA. Je ne garde pas beaucoup de souvenirs de Grenoble mais je me rappelle bien mes camarades de classe car, depuis l’Algérie, j’ai longtemps idéalisé leur quotidien. Je les imaginais tous promis à un grand avenir (puisqu’ils étaient restés en France où il n’y avait pas d’attentats et où les écoles me semblaient fonctionner plus ou moins normalement). Je me rappelle bien Thibault qui était amoureux de moi. Thibault me parlait en cachette, me souriait dans la cour de récréation et m’ignorait à la sortie des classes. Ses parents lui avaient interdit de me fréquenter, ils votaient au Front national. Cela m’était bien égal : moi, j’aimais Gabriel. Il était blond et il était cool, ses parents étaient au Parti socialiste. Je me souviens également que mon père avec sa tête d’arab

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