Comment a évolué la relation entre l’humain et la faune sauvage au cours de l’histoire ?

Elle a mille visages, mais il y a eu quelques bifurcations historiques fondatrices. Par exemple, les peuples animistes ne considèrent pas que l’humain est d’une autre nature que les animaux et les végétaux. Dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, qu’on trouve encore aujourd’hui partout autour du monde, le rapport à la faune sauvage n’est pas un rapport de minorisation et de violence, bien que ces populations chassent, mais un rapport de cohabitation complexe et de négociation.

Ça s’est transformé au fil des longs millénaires où nous sommes devenus majoritairement paysans et pasteurs : avec l’émergence de l’agriculture et du bétail domestiqué, la problématique fondamentale est devenue de garder le contrôle d’espèces mises à notre service. Cette domination comme mode de rapport au vivant s’est retrouvée transposée à toutes les formes de vie, même sauvages. Qui refusent le joug. D’où l’exacerbation du conflit.

Quel impact a ensuite eu la tradition judéo-chrétienne ?

Selon le mythe de la Création, le monde aurait été créé au bénéfice de l’humain, qui en serait l’intendant. Il existe des versions bienveillantes de cette intendance, comme la belle encyclique du pape François, Laudato si’, mais, dans tous les cas, l’humain s’est construit sur l’idée que la Création a été faite à son usage. Il faut évoquer enfin le dualisme de la pensée moderne, qui assure que la possession de facultés mentales est un privilège de l’humain, le reste du cosmos n’étant que de la matière à disposition. Et voilà comment des millions d’espèces vivantes se retrouvent minorisées, invisibilisées, alors même que ce sont elles qui fabriquent l’habitabilité de notre monde ! La possibilité pour nous de manger, de respirer, de nous soigner provient intégralement de la santé et de la stabilité de ce tissage du vivant – les pollinisateurs, les vers de terre, les forêts anciennes ou la faune des océans. Dans ce mythe fondateur, l’humain se croit nécessaire pour conduire et parfaire des écosystèmes qui seraient sans lui inaboutis, défaillants : des forces évolutives en réalité bien plus anciennes que nous, et qui sont nos génitrices. C’est un paternalisme paradoxal envers ce qui nous a faits.

Pourtant, depuis cent cinquante ans, avec la théorie de l’« ascendance commune » de Darwin,

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