Alma Guillermoprieto – qui est à mes yeux la plus grande et la plus brillante étoile de l’univers journalistique – est retournée au Salvador en 2011, après trente ans passés sans mettre le pied dans ce pays qui l’a vue naître comme reporter.

En 1981, Alma a révélé la scène qui résume toute l’atrocité de la guerre civile dans mon pays : le massacre du hameau El Mozote, lors duquel les forces spéciales de l’armée lançaient des bébés en l’air, puis les rattrapaient du bout de leur baïonnette, ou les brûlaient vivants dans des fours à pain ; lors duquel hommes et femmes furent séparés pour ensuite être assassinés en groupe. Durant trois jours et trois nuits, les soldats ont tué sans relâche un millier de paysans sans défense, redoublant d’imagination en matière d’horreurs et d’abjections. Alma découvrit, des jours plus tard, le théâtre déserté de cette barbarie et le révéla au monde. Et rien ne se passa. La machine à tuer ne s’est pas arrêtée. La guerre a suivi son cours et la génération de mes parents s’est allègrement entretuée et torturée pendant toute la décennie suivante.

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