Dénombrer, quantifier, est-il nécessaire à la vie démocratique ?

C’est capital. Au point que, dans le cas des États-Unis, le recensement est inscrit dans la Constitution. Il sert entre autres à déterminer combien d’élus chaque État pourra envoyer à la Chambre des représentants.

Dans les années 1930, pendant le New Deal, l’idée était aussi d’aider la population qui souffrait de graves carences alimentaires à subvenir à ses besoins. L’État a renoncé à se fier aux règles du marché, ce qu’il faisait jusque-là, pour davantage réguler l’économie. Pour cela, il avait besoin d’informations. Les enquêtes par sondage sont nées à cette époque. Il s’agissait de construire scientifiquement un échantillon de 1 000, 2 000 ou 3 000 personnes afin d’établir par projection des données valides pour l’ensemble de la population. Ce sont les prémices des sondages.

À partir de quel moment l’État cherche-t-il à évaluer les fonctionnaires, les administrations ? Quand met-il en place ce qu’on appelle le benchmarking ?

Le phénomène est né dans le monde anglo-saxon avec Ronald Reagan à la Maison Blanche et Margaret Thatcher au 10 Downing Street. À cette époque, l’État devient source de suspicion et ce mouvement de défiance entraîne une importation des techniques de management privé dans les administrations publiques. On se met à compter combien les agents règlent de dossiers et les données obtenues permettent de faire honte à ceux qui ne produisent pas assez (le shaming) et de fixer des objectifs quantifiés à atteindre (ce qui permet de motiver davantage les agents). La police new-yorkaise a utilisé ces méthodes. Ces techniques ont ensuite été importées en France, d’abord dans la police puis dans de très nombreuses bureaucraties.

Quelle est l’idée de départ de ce mouvement né dans les années 1980 ?

L’obsession de la productivité. La réponse, surtout dans des pays de culture sociale-démocrate comme en Europe, n’est pas de rétrécir la taille de l’État, mais d’améliorer son efficacité. Pour cela, il faut rendre les agents de l’État plus performants, donc les soumettre à ce

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