Dans quel état de santé l’hôpital public français se trouve-t-il aujourd’hui ?

Dans un état de santé paradoxal. Il fait à la fois preuve d’une forte vitalité et d’un extrême épuisement. Il a été le bouclier sanitaire du pays pendant toute la crise sanitaire : 84 % des malades du Covid-19 hospitalisés l’ont été à l’hôpital public. Il a montré qu’il était fort, puissant, qu’il était réactif et adaptatif. Ce gros paquebot, prétendument incontrôlable, immaîtrisable, a tenu le choc en pleine tempête et continue de relever les défis qui se présentent à lui. Je vous mets au défi de trouver un autre type d’organisation dans notre pays capable d’une telle chose. La crise a par ailleurs redonné du sens à l’hôpital public : les lourdeurs administratives ont disparu temporairement, la priorité a été de soigner ; les équipes ont retrouvé le sens de leur métier. On n’exerce pas à l’hôpital par hasard. Les soignants, les non-soignants, les médecins, le personnel administratif, les directeurs, les équipes techniques et logistiques ont le service public, l’intérêt général, chevillé au corps. C’est un formidable moteur. Mais tout cela n’est pas sans conséquence. Les équipes sont aujourd’hui à bout de forces.

Comment en est-on arrivé là ?

Depuis deux décennies, l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) est calibré non pas sur nos besoins de santé, mais sur des objectifs d’économies obéissant à une vision très court-termiste. [Si cet indicateur budgétaire prévisionnel n’est pas un plafond limitatif et peut dans les faits être dépassé, le montant fixé agit néanmoins comme une contrainte.] L’Ondam ne croît pas au même rythme que les dépenses structurelles, qui sont liées, entre autres, à l’évolution du personnel ou au prix des nouveaux traitements disponibles. C’est une erreur, car en fixant des objectifs de santé et de prévention, on économiserait. Chercher à éviter l’obésité, l’hypertension ou l’insuffisance cardiaque coûterait moins cher à la nation.

L’hôpital public subit aussi une seconde peine, puisqu’il joue le rôle de ré

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