Bien sais, si j’eusse étudié
Au temps de ma jeunesse folle,
Et à bonnes mœurs dédié,
J’eusse maison et couche molle.
Mais quoi ? je fuyoie l’école,
Comme fait le mauvais enfant.
En écrivant cette parole
À peu que le cœur ne me fend.

 

« Tout aux tavernes et aux filles. » Ainsi finit l’argent mal acquis des enfants perdus. Ou, du moins, c’est ce que prétend François Villon, saint patron des apaches et racailles. La biographie du poète est incertaine. Retenons le meurtre d’un prêtre, sans doute en légitime défense, et le cambriolage du collège de Navarre. De quoi l’associer à la bande criminelle des Coquillards ? L’écrivain connaît l’argot de la rue et son œuvre témoigne des bas-fonds de son époque. Mais il y fait preuve aussi d’une maîtrise exceptionnelle des techniques poétiques. C’est un lettré, un ancien clerc, contrairement à ce que pourraient laisser penser les huit octosyllabes ci-dessus. Sous l’apparente simplicité, la syntaxe y épouse le mouvement des cœurs. En écrivant à la première personne et au présent, l’écrivain s’y rapproche du lecteur. Les expressions « bien sais » et « mais quoi » pourraient même nous faire croire à un dialogue imaginaire. On y compatirait à l’évocation nostalgique d’une jeunesse folle. On y pleurerait avec l’auteur, ce frère, qui se peint en train d’écrire. Qu’importent la modernisation légère de l’orthographe, la grammaire qui a changé ! Cinq siècles plus tard, c’est toujours la même histoire. Celle d’adolescents à des carrefours, dont le passé oblitère l’avenir. De la pauvreté qui s’hérite, des opportunités ratées. Du mythe romantique d’une vie buissonnière que rattrape le temps qui passe. Comment donner une seconde chance ? Comment la saisir ?

 

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