Comme souvent en campagne électorale, la critique des enquêtes d’opinion s’amplifie. Lorsqu’elle provient de candidats en position difficile non pas « dans les sondages » mais « auprès des Français », ce qui est très différent, et qui font alors tout pour casser un instrument dérangeant, ce n’est pas trop grave. Mais elle est également le fait de Français ou de commentateurs qui s’interrogent sincèrement et légitimement sur leur place et leurs effets dans le débat public. C’est à eux qu’il faut répondre. Tentons d’y voir clair.

« Il y a trop de sondages » : factuellement, l’idée qu’il y a de plus en plus de sondages d’intentions de vote est exacte. Pour trois raisons : 1) la fragmentation des médias s’est accentuée et il y en a davantage qui en commandent ; 2) les barrières à l’entrée, la nécessité d’avoir son propre réseau d’enquêteurs par téléphone ou en face à face, se sont abaissées et il est possible à de nouveaux instituts de faire des enquêtes pour un prix bien inférieur à ce qu’il était auparavant ; 3) la mobilité électorale s’est considérablement accrue et pour comprendre ce qui se passe au cours d’une campagne, il faut un suivi plus régulier. Dire qu’il y a « plus de sondages qu’avant » est donc juste, qu’il y en a « trop » est un jugement de valeur qui demanderait à être explicité et argumenté, même si l’on peut aisément comprendre qu’une profusion de sondages centrés uniquement sur le vote puisse lasser ou entraîner de la confusion.

« Six mois avant, ils se sont toujours trompés sur le gagnant » : l’argument renvoie au petit jeu malsain mené par certains médias. Qui donc prétendrait qu’un sondage réalisé six mois avant le scrutin alors qu’une campagne électorale se met en place doit donner le vainqueur ? Comble de la malhonnêteté : on cite alors le sempit

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