Latïa se souvient bien du jour où Hamät découvrit son secret. Elle avait une dizaine d’années. Comme à son habitude, il était parti pendant plusieurs mois en ordonnant à sa fille de ne pas bouger de leur abri tant qu’il n’était pas revenu. Elle passait ses journées à aller grapiller de quoi se sustenter, se fabriquait des jouets avec ce qu’elle trouvait, et chantait. Lorsque Hamät était rentré, elle avait eu envie de lui dire que c’était bon, qu’elle n’avait plus besoin de lui. Mais rien ne sortit, alors elle l’entraîna vers la mégalopole. Sa silhouette bondissait dans les ruelles alambiquées entre les immondices accumulées et les masses humaines se déplaçant sans but. Hamät admira la fluidité avec laquelle l’enfant se mouvait dans la cité. Lui tentait de déplacer sa grande carcasse au même rythme que son petit cabri de fille. Elle le guida ainsi jusque sur une colline où des ruines de béton formaient un belvédère post-romantique. De là, la fillette observa son territoire. Le ciel bas asphyxiait les perspectives. Pourtant Latïa pointa du doigt un immeuble illuminé.

– Tu sais ce que c’est ? demanda-t-elle pleine de malice à son père.

– Non.

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