La renonciation de Bouteflika est-elle une victoire de la rue algérienne ?

Non, il ne s’agit pas d’une victoire, mais au contraire d’une confirmation de la cécité et de la surdité du régime. Il faudrait être naïf pour croire que cette caste, accrochée au pouvoir depuis 1962, va lâcher les rênes si facilement. Il y a beaucoup trop d’enjeux. La Tunisie a pu tomber en trois quarts de seconde car il n’y avait pas d’enjeux pétroliers. En Algérie, le régime est assis sur les plus grandes réserves de pétrole et de gaz d’Afrique, il ne faut pas croire que ses dirigeants vont se lever en s’excusant d’avoir spolié le pays pendant soixante ans et quitter le pouvoir. C’est un régime sans politique ni vision, seulement guidé par l’intérêt financier, et la situation actuelle le prouve encore : la renonciation de Bouteflika ne doit pas être vue comme un signe d’ouverture, mais comme le recul tactique d’un pouvoir bloqué au XXe siècle. Quinze millions d’Algériens sont dans les rues, dont le plus vieux n’a pas 25 ans, et le régime ressort des placards Lakhdar Brahimi, 85 ans, pour diriger la conférence nationale de transition ! Il y a aujourd’hui un hiatus terrible entre ce pouvoir et le peuple qu’il est censé représenter.

Pour autant, le peuple n’éprouve-t-il pas un sentiment de victoire ?

Non, le peuple d’Alger est descendu dans la rue pour clamer : « On leur a dit que la soupe était mauvaise, ils nous ont changé de cuiller ! » Bouteflika a peut-être renoncé à un cinquième mandat, mais il n’a pas quitté le pouvoir. Le régime essaye avant tout de gagner du temps, dans l’espoir que la mobilisation retombe. Une transition démocratique ? Je n’y crois pas. Bouteflika est le dernier symbole du FLN historique, la dernière carte de légitimit

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