Quotidienne

« Fatigue », par Georges Vigarello

Manon Paulic, journaliste

Georges Vigarello, historien

L'historien spécialiste de l’hygiène, de la santé et des représentations du corps a choisi ce mot pour nous décrire comment la fatigue psychique a pris le pas aujourd'hui sur la fatigue mentale et physique.

« Fatigue », par Georges Vigarello

S’il est un sentiment auquel nous devrions porter plus d’attention en ces temps qui courent, c’est bien la fatigue.

La fatigue est une sensation qui semble parfaitement banale. Comme la mort et la maladie, elle s’inscrit dans quelque chose de l’ordre de la limite. La fatigue nous restreint. Elle est une frontière au-delà de laquelle on ne peut plus aller. Elle se décline sous trois formes : physique, mentale, et psychique. Si la fatigue physique est, grâce à l’émergence de l’économie tertiaire, relativement moins présente aujourd’hui, la fatigue mentale, qui a pour principal signe la baisse momentanée des capacités intellectuelles, ainsi que la fatigue psychique, davantage synonyme de mal-être, sont désormais sur-accentuées. La fatigue psychique, plus particulièrement, en vient même à menacer dangereusement la qualité de nos vies.

C’est parce que nous vivons dans des sociétés où le relationnel prend une importance absolument majeure, que la fatigue psychique a fini par occuper cette place considérable. Elle se traduit par des questions que nous nous posons régulièrement, du type « ai-je bien fait ce que je devais faire ? », « est-ce

17 janvier 2022