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Après la pandémie, comment repenser le tourisme ?

Tous les dimanches, le 1 vous propose les bonnes feuilles d'essais récents ou à paraître. Dans L'An zéro du tourisme (L'Aube-Fondation Jean-Jaurès), paru le 3 juin, Jean Viard et David Medioni esquissent de nouvelles manières de penser le tourisme.

Après la pandémie, comment repenser le tourisme ?

L’année 2020 a été la pire année de l’histoire du tourisme, selon l'Organisation mondiale qui lui est consacrée. C'est entendu. Et maintenant ? Sur quelles bases souhaite-t-on que le tourisme redémarre ? C'est la réflexion menée dans L'An zéro du tourisme par Jean Viard, sociologue, directeur de recherche associé au Cevipof-CNRS, et David Medioni, directeur de l'Observatoire des médias de la Fondation Jean-Jaurès. Voici comment leur essai, paru le 3 juin (L'Aube-Fondation Jean-Jaurès), commence. 

 

Introduction

 

« Il faut que tout change pour que rien ne change. » Cette phrase célèbre tirée du Guépard, de Lampedusa (1), est souvent utilisée pour moquer celles et ceux qui sans cesse sautent sur leur chaise comme des cabris en criant « Changement, changement » et en pensant que celui-ci va advenir. Pour une fois, cette phrase revêt un autre sens à nos yeux. Avec la pandémie de Covid-19 qui a conduit le milliard et demi de touristes qui, chaque année, franchissaient une frontière et, au-delà, six milliards d’êtres humains à rester cloîtrés chez eux, tout a changé. Profondément. Bien plus profondément encore qu’il n’est aujourd’hui possible de l’imaginer. En revanche, notre besoin, notre envie et notre désir de voyage ne varieront pas. De cela nous sommes convaincus, car ils sont l’Humanité même.

Bien avant la Grande Pandémie, les signaux faibles d’un changement de paradigme dans le tourisme étaient percevables : le développement du green tourisme et du tourisme dans des écosystèmes en danger ; l’aspiration à un tourisme de proximité, au microtourisme, avec des durées de séjour parfois réduites ; la préoccupation, peut-être, de réduire ses dépenses. De diminuer les trajets en avion. Tout cela était déjà présent. Dans les strates discrètes de nos sociétés. Après l’accord de Paris sur le climat, le mouvement Flygskam, né en Suède autour du sentiment de honte à prendre l’avion à cause de la pollution générée, s’est renforcé. Bref, une dynamique nouvelle était déjà engagée, portant en elle les prémices du tourisme du futur. Ces signaux étaient plus ou moins visibles, avec plus ou moins de force ou d’acuité, mais déjà nous sentions que quelque chose était en train de bouger. Cette crise n’a fait que révéler les paradoxes dans lesquels nous évoluions ; ceux, aussi, de notre modèle de production, de création, de déplacement, et de consommation. Et si de nombreux secteurs ont été touchés, le tourisme l’a été plus particulièrement que les autres.

En effet, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) a annoncé, en janvier 2021, que « l’année 2020 a été la pire année de l’histoire du tourisme ». Après le temps de la sidération puis celui des doutes, est donc venu celui d’une prise de conscience collective que le tourisme de demain devait évoluer.

Les questionnements amplifiés et devenus prioritaires avec la pandémie nous assailliront toujours davantage

Il est crucial de profiter du moment historique que nous vivons pour repenser en profondeur le tourisme. Non pas pour le rendre moins attractif, mais au contraire pour en faire une activité plus agréable encore. Ne nous racontons pas d’histoires : les activités touristiques et culturelles, même si la pandémie a conduit les cent dix millions de personnes qui en vivent directement ou indirectement à être privées d’activités, sont très facile

05 juin 2022