Quotidienne

Mohamed et les autres : des enfants confrontés à l’enfer de la rue

Tous les dimanches, le 1 vous propose les bonnes feuilles d’un essai récent ou à paraître. Aujourd’hui, Enfances abandonnées, de la rédactrice en chef du Courrier de l’Atlas, Nadia Hathroubi-Safsaf.

Mohamed et les autres : des enfants confrontés à l’enfer de la rue

Ils sont mineurs mais vivent dans la rue. Combien sont-ils ? Probablement des milliers, disséminés dans les grandes villes de France. La journaliste Nadia Hathroubi-Safsaf s’est rendue pendant près d’un an sur le terrain, notamment dans le quartier de la goutte d’Or à Paris, où ces enfants sont le plus visibles. 

Dans ce chapitre d'Enfances abandonnées (éditions JC Lattès, paru le 11 mai), elle commence par rencontrer Mohamed, jeune Marocain venant de demander une régularisation. Fatiha, présidente de SOS Migrants mineurs, l’accompagne. Fragile d’un point de vue psychiatrique, il a quitté son pays à 14 ans et a perdu sa jambe droite dans un accident. 

 

 

[…] Trois semaines après cette fameuse matinée au tribunal administratif, la décision est tombée. Contre toute attente, la juge a rejeté l’obligation de quitter le territoire français dont il avait fait l’objet. Et a enjoint la préfecture à lui délivrer un titre de séjour pour vie privée et vie familiale.

Au téléphone, Fatiha est surexcitée :

— Mohamed est heureux. Toutes les portes vont s’ouvrir. Le fait qu’il n’avait pas de titre de séjour bloquait tout : une inscription en centre adapté, l’ouverture de ses droits en tant que personne en situation de handicap. La MDPH, maison départementale des personnes handicapées, a accepté son dossier. Il va pouvoir avoir un suivi, des soins.

Ce que je retiens est qu’il va enfin pouvoir retourner au Maroc et serrer sa mère dans ses bras.

— C’est Il ne l’a pas vue depuis au moins sept ou huit ans. C’est très difficile, douloureux. J’étais fréquemment en ligne avec elle via WhatsApp et elle souffrait énormément de voir son fils avec une jambe en moins. À chaque fois, elle pleurait. Cela mettait une espèce de pression sur Mohamed parce qu’il disait : « Je ne peux pas retourner au Maroc comme ça, je vais être une charge pour ma famille, qu’est-ce qu’ils vont faire de moi avec une jambe en moins. J’étais censé partir pour aider.

15 mai 2022