Quotidienne

« Impliquer la volonté et la main » : quand Lamartine défendait le suffrage universel

Alphonse de Lamartine, écrivain (1790-1869)

Le député Alphonse de Lamartine, dans ce discours du 6 octobre 1848, plaide pour l’élection du président de la République au suffrage universel. À (re)découvrir en cette veille de premier tour. 

« Impliquer la volonté et la main » : quand Lamartine défendait le suffrage universel

Député depuis 1833, élu le 23 avril 1848 à l’Assemblée nationale constituante, Alphonse de Lamartine participe aux débats consacrés à l’organisation et au fonctionnement des institutions de la future IIe République.

Dans ce discours du 6 octobre 1848, il défend l’élection au suffrage universel et s’oppose ainsi à un amendement qui conférait aux représentants du peuple la nomination du président de la République.

 

« Je ne connais pas sur la terre de moyen plus efficace pour rattacher l’intelligence, la conscience, la volonté et la force de chaque citoyen au centre national, que d’impliquer pour ainsi dire sa volonté, son vote et sa main dans la nomination de ce pouvoir exécutif. Et vous ne ramènerez pas ainsi le pays seulement à la confiance, vous le ramènerez à ce respect croissant pour l’autorité, pour l’autorité républicaine, qui doit se retremper tous les jours dans la seule source de l’autorité véritable, dans la conscience des citoyens.

Ne sera-ce pas là, en effet, messieurs, ce suffrage universel délibéré, réfléchi, volontaire de chaque citoyen, dans la constitution des deux fonctions de votre gouvernement ; n’est-ce pas par excellence, passez-moi l’expression encore, le sacrement même de l’autorité ; n’est-ce pas l’autorité la plus irréfragable qui puisse se manifester au milieu d’un grand peuple ?

Le droit de naissance, c’est le droit du hasard

Car, enfin, le droit de naissance, qu’est-ce que c’est au bout du compte ? Tout le monde aujourd’hui est assez éclairé pour y avoir réfléchi ; le droit de naissance, c’est le droit du hasard. Le droit de primogéniture, quel est-il ? Le droit du premier venu, le droit du premier sorti des flancs de sa mère. Le droit de la conquête, c’est celui qui avilit le peuple qui s’y soumet, c’est le droit de la violence et de la force brutale. Le droit divin n’est que la sanction, la bénédiction du sacerdoce sur des races royales. Il y a longtemps que ce signe, n’était qu’un signe et ce symbole qu’un symbole. Le droit d’hérédité enfin ? Mais ce droit n’est quelquefois que le droit de l’idiotisme ! 

Mais ce que nous vous proposons, au contraire, qu’est-ce autre chose que le peuple tout entier sacrant non pas son président, je vous le répète, et ne vous y trompez pas, sacrant sa constitution républicaine tout entière. 

Un gouvernement plus collectif, un gouvernement plus universel, plus populaire, s’il se peut, que le peuple lui-même

Qu’est-ce autre chose que le peuple tout entier se dépouillant volontairement, homme par homme, citoyen par citoyen, de sa propre souveraineté pour investir quoi ? Non pas un citoyen plus grand que lui, et ici je reviens à la pensée de mes interrupteurs, non pas un citoyen plus grand que lui, je le répète, mais un gouvernement plus collectif, un gouvernement plus universel, plus populaire, s’il se peut, que le peuple lui-même. 

Voilà, messieurs, l’œuvre du suffrage universel que nous vous proposons de sanctionner dans votre constitution, pour l’élection de votre président. »

 

Photo Irène Andréani, Bibliothèque de l’Assemblée nationale.

09 avril 2022