Les frontières ne savent plus où donner de la tête. Ces « limites qui séparent un État d’un autre État » (Littré), la modernité s’en moque. Les télécommunications sautent par-dessus, sans le moindre respect, de même que la finance, le crime, les grippes aviaires et, quoi qu’en pensèrent jadis les autorités françaises, les nuages radioactifs (par exemple celui de Tchernobyl). Et la plupart des conflits armés se déroulent aujourd’hui à l’intérieur des pays, opposant des peuples, ou des fractions de peuple, qui ne veulent plus vivre ensemble.

Dans le même temps, aux deux extrémités de l’­Europe, les frontières ressuscitent, portées partout par la même revendication : rester entre soi. C’est au-delà de la Crimée, dont chacun sait bien qu’elle est russe, le rêve de Poutine d’un nouveau rideau de fer ; c’est en France, la charge des extrêmes, droite et gauche mêlées, contre la mondialisation : c’est la volonté de s’abriter derrière des remparts.

Les frontières sont têtues. Comme le roman, elles refusent de mourir. Car comme le roman, elles racontent l’histoire millénaire des identités. Une identité connue, et assumée, c’est un départ, une confiance pour accueillir l’autre. Une identité niée, c’est une revanche qui se prépare, souvent meurtrière.  

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