Enquête

Le scandale Presstalis

Le 1 doit à ses lecteurs des informations précises sur la crise qui frappe désormais la distribution de tous les journaux. Avec, dans le rôle central, la société Presstalis qui contrôle 75 % du marché, dont la totalité de celui des quotidiens nationaux. Pour comprendre comment cette entreprise privée peut afficher aujourd’hui 350 millions d’euros de fonds propres négatifs et comment elle entend ponctionner en retour 2,25 % de leurs revenus à ses clients éditeurs de presse durant cinq ans, Philippe Kieffer, l’un des meilleurs spécialistes de l’univers des médias, a enquêté plusieurs semaines.
Sa plongée dans les entrailles de Presstalis est saisissante. Rares sont ceux qui acceptent de parler sans exiger l’anonymat. Les anciens dirigeants refusent de s’exprimer. Philippe Kieffer parvient à contourner l’obstacle et dissèque la gestion effarante de Presstalis ces dernières années sous le regard aveugle ou complaisant de ses administrateurs. Organes de régulation impuissants, puissance publique omniprésente et négligente, rachats de sociétés déficitaires, plan stratégique illusoire… Kieffer nous plonge dans un roman triste, celui du sabordage d’un outil précieux pour la démocratie.

C’est bien simple, si l’histoire de Presstalis devait être portée à l’écran, ses producteurs se verraient imposer de faire figurer en gros sur l’affiche la mention : « Attention : ce film comporte des séquences et des chiffres pouvant heurter la sensibilité des bons gestionnaires. » Tant qu’à être au bord de la faillite et du chaos, chez Presstalis on ne fait pas les choses à moitié. L’embarras et les zones d’ombre commencent au standard. Responsables absents ou injoignables. Bifurcation vers des boîtes vocales vous confiant le secret qu’elles sont « pleines », ou bien que le poste recherché n’est « pas attribué ». Invitation préalable à décliner identité, profession et « motif de votre appel ». Il est plus facile de joindre la NASA que les dirigeants de la société qui distribue la presse française ! Surtout quand il se trouve que cette dernière, présentée comme « sauvée » et « redressée » depuis 2013, apparaît soudain, début 2018, prisonnière de l’obscurité comptable d’une équation à 500 millions d’euros. 

Comment ce fleuron de la distribution en est-il arrivé là ? Quelles décisions l’ont fait basculer, en cinq ans, d’un équilibre apparemment retrouvé à quelque 350 millions de fonds propres négatifs ? Quels choix stratégiques sont à l’origine de la mise en péril de toute la filière presse ? Quelles dépenses ont pu être aussi lourdes que mal anticipées pour conduire à l’arbitraire de saisies provisoires sur le chiffre d’affaires de ses clients ? À la taxation obligatoire des plus fragiles d’entre eux pour les cinq prochaines années ? Et à l’urgence d’un énième « plan de sauvetage » qui se chiffrera, au bas mot, à 150 millions d’euros ? Questions qui s’imposent, mais dont l’énoncé permet de mieux comprendre le mutisme ou le peu d’empressement à répondre des acteurs concernés. Pas de tous, heureusement. Avec un peu de patience, des portes s’ouvrent, des voix s’expriment. Un édifiant récit prend forme. 

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