On dit souvent que la police est le bras armé de l’État, censé toujours obéir aux requêtes du gouvernement, sauf à basculer dans un État policier, régime dans lequel la police gouverne. Pour autant on ne doit pas négliger que la police est aussi une institution, une structure collective qui fonctionne avec des règles propres et qui défend les intérêts de ses membres. Si les policiers sont appelés d’ordinaire pour répondre aux tensions qui traversent la société, du conflit domestique aux violences collectives ou terroristes, la police est le lieu permanent d’une tension entre la subordination au pouvoir politique (municipal aux États-Unis, régional en Allemagne ou central en France) et la défense de ses intérêts. 

Au cœur de la fonction policière, cette tension peut avoir des conséquences tangibles, parfois dramatiques. Pour prendre l’exemple le plus récent, le préfet de police, qui représente le gouvernement dans Paris et ses départements limitrophes, a le 22 juin 2016 pris la décision, rare, d’interdire une manifestation appelée par les centrales syndicales les plus puissantes de France, puis de l’enfermer dans un trajet circulaire et étroit. Causes invoquées : le risque terroriste bien sûr, la concomitance de l’Euro 2016, mais aussi « l’épuisement des forces de police et des forces mobiles ». La police comme institution a fait valoir ses revendications. 

Cet épisode met en lumière deux phénomènes : la récurrence de la problématique du « malaise policier », et la puissance des intérêts

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