Quiconque a rencontré Pierre Soulages a pu mesurer son autorité naturelle, son calme souverain et ironique. Promu maître du noir et de la lumière, il reçoit aujourd’hui un hommage éclatant au musée du Louvre : un véritable tour d’horizon de son œuvre en une vingtaine de tableaux dans le Salon carré. Les précédents sont rarissimes. Exposer de son vivant au Louvre équivaut à une entrée dans le grand album de l’histoire de l’art. Pour ses 100 ans, le cadeau a l’allure d’un sacre. Il faut remonter à 1967 et à l’exposition Chagall dans la galerie Mollien pour les 80 ans du grand coloriste. Ou encore à 1971, quand Picasso fut fêté durant dix jours dans la Grande Galerie à l’occasion de ses 90 ans. Le Louvre, ce musée mondialement connu, célébrait alors coup sur coup deux génies exilés en France. 

Cette fois, l’institution muséale s’incline devant un peintre toujours en activité, devenu « monument national » au fil du temps. Il le doit bien sûr à cette maîtrise du noir qui est sa marque, à cet attachement de plus en plus exclusif à cette couleur. D’autres que lui ont su l’utiliser et la magnifier, depuis Rembrandt dans sa Ronde de nuit jusqu’à Matisse, qui a pu déclarer : « Le noir est une couleur en soi, qui résume et consume toutes les autres. » Mais Soulages, dans sa radicalité, est allé plus loin, jusqu’à faire jaillir de cette couleur, longtemps signe de deuil et de mélancolie, toutes les couleurs. Au point que ses tableaux, véritables murs de matière picturale lissés, poncés, griffés, scarifiés, sont qualifiés par l’artiste Fabienne Verdier de « stèles arc-en-ciel ».

Cette peinture résolument moderne et singulière tourne le dos aux polémiques du passé entre la figuration et l’abstraction, le réalisme et le rêve, les couleurs et leur bon usage… « Le plus important dans une toile, dit-il, c’est la lumière et l’espace qui naissent avec elle. » Une réflexion de peintre à retenir. Une invitation à dépasser nos réflexes devant ses tableaux, à prendre le temps de les regarder pour réussir à pénétrer dans leur univers. Et qu’y découvre-t-on, sinon de la poésie et de la magie ? 

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