Peut-on distinguer différentes périodes dans l’œuvre de Pierre Soulages ?

Son œuvre est d’une remarquable cohérence, mais on peut incontestablement y déceler des « phases ». La principale ­rupture se situe en 1979, lorsque commence cette période qu’il a appelée ­Outrenoir. On peut constater aujourd’hui qu’elle se poursuit.

Quels sont les principaux moments avant 1979 ?

Le premier moment commence lorsqu’il arrive en 1946 à Paris. Sa peinture se caractérise par des petits formats et l’utilisation du brou de noix, qui est d’ordinaire employé par des ébénistes ou des menuisiers. Ce matériau permet alors à Pierre ­Soulages de développer un travail tout à fait original sur le plan formel.

Ensuite, tout au long des années 1950, il y a des peintures, souvent de grand ou de très grand format, où il travaille une matière épaisse, puissante, en faisant apparaître la lumière.

Au contraire, vers le milieu des années 1960, il utilise une peinture beaucoup plus liquide avec de grandes nappes de couleur. Il joue du contraste entre le sombre et le clair, le noir et le blanc, le noir et d’autres couleurs. Il est très abusif de dire que ­Soulages ne peint qu’avec du noir, cela va de soi. Ce qu’il affirme et revendique, c’est un travail sur la lumière.

En quoi l’année 1979 marque-t-elle une évolution majeure ?

Avec l’Outrenoir, il réduit le protocole de sa peinture à un seul pigment. Et selon la manière dont il applique cette matière, les contrastes lumineux diffèrent. C’est pourquoi il explique qu’il s’agit d’une peinture non pas monochrome mais polychrome, obtenue avec une seule couleur !

Il a raconté la nuit de cette révélation, de cette découverte… Il est en train de patauger dans la couleur sans parvenir à s’en sortir et finit par quitter son atelier en laissant tout en plan. Quand il revient peu après, il s’est passé quelque chose sur la toile qui l’intéresse. À partir de là, il engage une nouvelle voie qui demeure ouverte aujourd’hui. C’est cela qui est assez étonnant. On aurait pu penser qu’avec un protocole aussi resserré, au bout de quelques œuvres, cela s’épuise. Mais il est très libre, il ne s’est pas enfermé dans un système trop contraignant, et il existe des différences tout à fait notables d’une œuvre à l’autre.

Pourquoi a-t-il renoncé aux cadres pour ses t

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