Votre livre Marcher, une philosophie fourmille d’idées stimulantes. Celle-ci, pour commencer : « Au fond, quand on marche, on n’est jamais seul. » Que voulez-vous dire ?

Être plongé dans la nature, c’est une sollicitation permanente. Tout appelle votre attention, tout vous parle : les fleurs, les arbres, les nuages, le vent. Et puis, dès qu’on marche, on est aussitôt deux, il y a ce dialogue entre le corps et l’âme. On se félicite, on s’encourage : allez, c’est bien, tu peux y arriver ! C’est important de le mentionner parce que beaucoup de personnes renoncent à faire de longues marches par peur de la solitude. Il y a le côté monotonie, mais aussi la réticence à se retrouver avec soi-même. La présence à soi disparaît de plus en plus dans nos vies contemporaines systématiquement médiatisées par des écrans. Pour Platon, l’amitié avec soi-même est un sentiment qu’il convient d’entretenir, de cultiver et de nourrir. Les modes ultramodernes nous la font oublier, au profit des amis Facebook ! La marche est aussi une présence au monde. Et quand je dis qu’on n’est jamais seul en marchant, c’est parce qu’on est traversé par des couleurs, par des odeurs, par des émotions. La marche nous offre un réveil des sens. La solitude qu’on peut éprouver au milieu d’une foule, ou dans une réunion, nous renferme sur nous-mêmes, alors que la marche en solitaire est une ouverture. Elle nous permet de ressentir le mouvement de nos jambes, le poids de notre corps, et quand nous marchons notre corps est complètement ouvert sur le monde.

Vous parlez de la joie qu’il y a à accomplir ce mouvement pour lequel notre corps est si manifestement fait.

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