Mohamed Bouazizi

Celui par qui tout a commencé

Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, 26 ans, entre dans l’histoire. Ce vendeur de fruits et légumes s’immole par le feu devant la préfecture de Sidi Bouzid, une ville de 100 000 habitants dans une zone agraire du centre de la Tunisie, après que des agents de police lui ont confisqué sa marchandise, faute d’autorisation de vente. Titulaire d’un baccalauréat, Bouazizi vendait ses produits à la sauvette pour subvenir aux besoins de sa famille. Incapable de payer les pots-de-vin exigés, il était régulièrement mis à l’amende par la police.

Le 28 décembre, le président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali se rend à son chevet, à l’hôpital. Cette opération de communication reste sans suite. Le jeune homme décède de ses blessures le 4 janvier 2011. Dès lors, son geste a un impact à travers tout le pays, où la corruption du « clan Trabelsi-Ben Ali » (Leïla Trabelsi est la femme du président) est pointée en même temps que le chômage et la précarité des jeunes. Les manifestations marquent le début des révoltes populaires qui vont secouer de nombreux pays arabes. Le 14 janvier 2011, Ben Ali est contraint de quitter en catimini la présidence de la République et le pays, après avoir passé près de 21 ans à sa tête.   W.M.

 

Prix Nobel

Un quartet tunisien

En 2015, le prix Nobel de la paix récompense un groupe issu de la société civile tunisienne chargé de mener le dialogue national. Le comité Nobel souligne sa « contribution décisive dans la construction d’une démocratie pluraliste après la révolution ». Ce dialogue – une première dans la région – est une initiative du syndicat Union générale tunisienne du travail (UGTT), survenue dans un contexte de crise politique : une partie de la société demandait le départ du gouvernement élu en 2011, après la chute du régime Ben Ali. Ce « quartet » réunissait, en plus de l’UGTT, la fédération patronale Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), la Ligue tunisienne des droits de l’homme et l’Ordre national des avocats, représentés respectivement par Houcine Abassi, Wided Bouchamaoui, Abdessattar Ben Moussa et Mohamed Fadhel Mahfoudh.

Ces institutions, qui s’étaient distinguées par leur autonomie durant la présidence de Ben Ali, demandent aux membres de la coalition gouvernementale et aux partis d’opposition de négocier une « feuille de route ». Au pouvoir depuis 2011, le parti Ennahdha, issu des Frères musulmans, accepte des compromis. Un technocrate, Mehdi Jomaâ, devient chef du gouvernement. Le processus aboutira à une nouvelle constitution, fruit d’un compromis unique dans le monde arabe. Béji Caïd Essebsi, du parti Nidaa Tounes, fondé pour réunir l’opposition, devient le premier président élu à l’issue d’un scrutin transparent.   W.M.

 

Mouammar Kadhafi

Le « guide » égaré

Le lieutenant Mouammar Kadhafi n’avait que 27 ans, le 1er septembre 1969, quand il a renversé le vieux roi Idriss de Libye. Par la suite, il s’est donné le grade de colonel, à l’image de son modèle, pour ne pas dire son idole : Gamal Abdel Nasser.

N’ayant reçu qu’une formation sommaire et n’adhérant à aucune idéologie précise, le jeune officier essaie tant bien que mal d’imiter son grand frère égyptien. Le royaume est rebaptisé « République arabe libyenne populaire et socialiste », mais ce pays en grande partie désertique restera une confédération d’une trentaine de tribus, elles-mêmes divisées en de nombreux clans. Kadhafi rejette le titre de président pour s’octroyer celui de « Guide de la Révolution ». Le Livre vert qu’il publie en 1977 choque profondément les islamistes, qui y voient un substitut sacrilège au Coran. Un régime de terreur s’installe dans le pays, avec des procès publics organisés dans des stades pour condamner à mort des dissidents.

Le dirigeant libyen se sert des revenus immenses du pétrole pour construire des routes, des logements, des écoles et des hôpitaux, mais utilise également cette manne pour tenter de déstabiliser des pays voisins, financer des mouvements de rébellion et des groupes terroristes à travers le monde. Il échappe de justesse à un bombardement de Tripoli par l’aviation américaine en 1986. Ce qui ne l’empêche pas, deux ans plus tard, d’ordonner la destruction d’un Boeing 747 de la Pan Am au-dessus de Lockerbie en Écosse, puis celle d’un DC10 d’UTA au Niger, faisant des centaines de morts.

Victime de sanctions internationales, confronté dans son propre pays à des fondamentalistes, Kadhafi change son fusil d’épaule dans les années 2000 : il annonce l’abandon de son programme nucléaire et se pose en allié de l’Occident contre le terrorisme. L’ex-paria devient fréquentable, malgré ses tenues excentriques, ses frasques, sa mégalomanie, le cynisme et la barbarie dont il peut faire preuve, comme l’illustre le calvaire des infirmières bulgares, froidement accusées d’avoir inoculé le sida à près de 400 enfants libyens… Cependant, le soulèvement de 2011 et la violence avec laquelle il y réagit vont lui coûter non seulement le pouvoir, mais la vie.   R.S.

 

Le général Haftar

Une ambition libyenne

Il est l’une des rares figures qui auront émergé du chaos libyen. Le général Khalifa Haftar, 73 ans, a fait une entrée en scène fracassante au mois de février 2014 en lançant une opération dite Al-Karama (« la dignité »), dans le but d’éradiquer le « terrorisme islamique » en Cyrénaïque (est de la Libye).

Ce militaire n’est pourtant pas un homme neuf. Il avait participé au putsch de septembre 1969 aux côtés de Kadhafi et, dix-sept ans plus tard, dirigeait le corps expéditionnaire libyen au Tchad. C’est là qu’il a été fait prisonnier et transféré aux États-Unis, où il a vécu jusqu’au soulèvement de 2011 contre le dictateur.

Tant que le général Haftar, soutenu par l’Égypte et les Émirats arabes unis, se cantonnait dans sa région de l’Est, il apparaissait comme un élément utile pour contenir les milices islamistes. Mais, en septembre 2016, il a lancé ses forces à la conquête des terminaux pétroliers entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine. C’est une manière de s’en prendre directement au gouvernement d’union nationale – ou supposé tel – qui est reconnu par les capitales occidentales, mais dont il conteste la légitimité. Autant dire que l’ambitieux Haftar complique un peu plus une situation déjà passablement embrouillée.   R.S.

 

Jasmin

Un emblème contesté

Après la révolution des Œillets au Portugal (1974) et celle des Roses en Géorgie (2003), la Tunisie s’est donc offert une « révolution du Jasmin ». Le terme est apparu pour la première fois, semble-t-il, le 13 janvier 2011, sur le blog d’un journaliste du quotidien Essahafa, Zied Al-Heni. Les médias occidentaux l’ont immédiatement adopté.

Mais cette fleur blanche, synonyme de douceur, ne fait pas l’unanimité parmi les Tunisiens. Certains y voient une insulte aux morts et aux blessés, victimes des événements. D’autres rappellent que Ben Ali avait qualifié sa prise du pouvoir en 1987 de… « révolution du Jasmin ».   R.S.

 

Al-Jazeera

Une aura déclinante

Fondée en 1996 par l’émirat du Qatar, la chaîne qui a pour slogan « l’opinion et l’autre opinion » provoque une émulation certaine dans tous les pays arabes au moment de sa création. Lors de sa première visite au siège, le président Hosni Moubarak avait ironisé : « Et c’est cette boîte d’allumettes qui fait tout ce bruit ? » Sa couverture des révoltes populaires marque un tournant significatif pour la chaîne, suivie dans tout le monde arabe. Accusée d’être ostensiblement pro-Frères musulmans dans son suivi des révoltes en Égypte, Al-Jazeera, incontournable durant quinze ans, perd de son aura. Plusieurs de ses journalistes démissionnent. D’autres seront détenus au Caire après le coup d’État militaire et poursuivis en justice pour « diffusion de fausses informations » ou « soutien à un groupe terroriste », qualificatif octroyé par le nouveau régime aux Frères musulmans.   W.M.

 

 

Mohammed VI

Au nom de Dieu et de la modernité