Dans la campagne présidentielle qui s’annonce, l’heure est au questionnement sur le fossé existant entre deux gauches jugées « irréconciliables », une formule de Manuel Valls que l’ancien Premier ministre s’échine aujourd’hui à faire oublier au profit d’un appel à l’union, condition sine qua non d’une hypothétique victoire de sa famille politique lors des prochaines élections. La formule, mille fois épinglée, est en fait trompeuse. La gauche est depuis toujours divisée entre les tenants de la rupture avec le capitalisme, défenseurs d’une république démocratique et sociale dont rêvaient déjà les insurgés de 1848, et les avocats d’une réforme du système capitaliste de l’intérieur, composant avec les institutions bourgeoises pour porter au pouvoir les aspirations populaires. Cette dissension entre les « ultras », longtemps incarnés par le PCF ou l’extrême gauche, et les sociaux-démocrates (ou « sociaux-traîtres », c’est selon) n’a pas empêché au siècle dernier la gauche de s’unir à plusieurs reprises – en 1936, en 1981 ou en 1997 – pour diriger le pays.

Pourquoi la donne a-t-elle changé ? Jusqu’à présent, la gauche était certes divisée sur le mode de gouvernement et le rapport à l’économie, mais elle savait se rassembler autour de valeurs communes : la croyance en l’égalité et la justice sociale, un libéralisme culturel notamment basé sur une bienveillante tolérance &agra

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